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Un monde d'avance. Covid-19 : au Danemark, la crise des visons devient politique

Les abattages de millions de visons au Danemark en raison de cas de Covid dans des élevages n'étaient pas légaux, engendrant une crise politique.

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Un vison dans une ferme au Danemark, le 6 novembre 2020.
Un vison dans une ferme au Danemark, le 6 novembre 2020. (MADS CLAUS RASMUSSEN / RITZAU SCANPIX / AFP)

Contrairement à la France, qui a peu d'élevages, le secteur des visons est très important au Danemark. Aussi, dès qu'on y touche, les réactions sont vives. Le Danemark est le premier producteur de visons, ce petit animal qu'on élève pour récupérer sa fourrure de luxe : 28% de la production mondiale provient de ce pays.

Le premier cas de Covid dans un élevage danois remonte à juin. Peu à peu le virus s'est propagé et a muté, contraignant le gouvernement à prendre une décision sans retour. Début novembre, la Première ministre Mette Frederiksen a fait une annonce fracassante : tous les visons du Danemark doivent être abattus, soit près de 17 millions d'animaux.

Des centaines d'animaux sont gazés, incinérés ou enterrés dans des fosses, jetés en masse par des pelleteuses, même ceux des élevages qui ne sont pas contaminés. Choqués, les éleveurs estiment que le gouvernement vient de signer "l'arrêt de mort" de leur activité.

Omission et démission 

L'affaire prend alors un tournant très politique. Les journaux l'a surnomme "minkgate", mink signifiant vison en danois. Car si l'intention du gouvernement est compréhensible en temps de crise, il s'avère qu'elle n'est pas légale. La presse danoise révèle ce mois-ci que les autorités n'avaient pas légalement le droit de faire abattre les élevages. Panique au gouvernement qui tente de faire passer une loi en urgence. La stratégie est trop maladroite et le mal est fait. Plusieurs ministres savaient depuis des semaines que l'éradication des visons n'était pas légitime mais ils n'ont rien dit. Le ministre de l'Agriculture est sacrifié et démissionne la semaine dernière.

L'abattage se poursuit mais désormais, il n'est pas "obligatoire" si l'élevage n'est pas contaminé. Pour compenser, l'État va verser aux éleveurs près de 3 milliards d'euros. La Première ministre se rendra dans un élevage cette semaine

Cette affaire aura révélé un débat qui agite le Danemark (et l'opposition) depuis plusieurs mois. Beaucoup reprochent au gouvernement d'avoir appliqué un principe de précaution parfois démesuré. La Première ministre, Mette Frederiksen, en ferait trop. Elle irait au-delà des recommandations des autorités sanitaires, elle développerait un pouvoir trop autoritaire dans un pays qui n'en a pas l'habitude. Pourtant les chiffres sont là : moins de 700 morts du coronavirus et une gestion longtemps montrée en exemple à travers l'Europe.

Un vison dans une ferme au Danemark, le 6 novembre 2020.
Un vison dans une ferme au Danemark, le 6 novembre 2020. (MADS CLAUS RASMUSSEN / RITZAU SCANPIX / AFP)