Nouvelles routes de la soie : un mégaprojet chinois reliant l'Asie et l'Amérique du Sud risque d'affaiblir l'incontournable canal de Panama

Pendant le conflit israélo-palestinien, les affaires continuent en Chine. Pékin accueille mardi 17 octobre les représentants de 130 pays pour célébrer l’anniversaire du mégaprojet commercial de Xi Jinping, les Nouvelles routes de la soie, lancées en 2013.
Article rédigé par Olivier Poujade
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Chantier du mégaport de Chancay, à environ 80 kilomères au nord de Lima, prise le 22 août 2023. (ERNESTO BENAVIDES / AFP)

Il y a dix ans étaient inaugurées les Nouvelles routes de la soie par Xi Jinping. En référence à l’ancienne route commerciale de la soie, il s'agissait de créer un vaste projet d'infrastructures pour relier l’Asie à l’Afrique et à l’Europe, par des voies terrestres et maritimes, pour faciliter les échanges commerciaux. L’heure est au bilan et il n'est malheureusement pas à la hauteur des attentes. C'est le moment de trouver un nouveau souffle.

Dettes fardeaux pour des partenaires européens et africains

D’une part, l’économie chinoise a beaucoup de difficultés à retrouver la vigueur qui était la sienne avant l’épidémie de Covid-19, et la guerre en Ukraine n’arrange pas ses affaires. D’autre part, après dix ans d’expansion, où les Chinois sont parvenus à séduire 150 ans pays à travers le monde - principalement en Afrique, en Europe et en Asie - certains de ces pays font les comptes et ne s’y retrouvent pas.

L’Italie vient par exemple d’annoncer qu’elle ne reconduira pas sa coopération. Son déficit commercial vis-à-vis de la Chine s’est aggravé et les responsables italiens estiment qu’ils sont très loin de l’accord "gagnant-gagnant" que leur promettait Pékin. La situation est encore plus critique pour certains pays africains, désormais endettés jusqu’au cou : les routes, les ports, les parcs industriels financés se sont simplement transformés en fardeaux financiers. Ces pays ne disposent pas d’une activité suffisante pour pouvoir tirer profit de ces infrastructures et rembourser Pékin.

La Chine tournée vers l'Amérique du Sud et ses deux océans

Le nouveau souffle des Routes de la soie passera donc par d’autres destinations. En 2022, Pékin a réduit de 65% ses prêts accordés aux pays d’Afrique subsaharienne. Le gouvernement chinois marque clairement une pause au profit de région plus dynamique économiquement, comme l’Asie centrale et, de façon plus ambitieuse, l'Amérique latine.

Elle vise plus précisément le Pérou, avec le mégaprojet du port en eaux profondes de Chancay, une connection maritime directe entre la Chine et l’Amérique du Sud. Pour l’ancien ministre péruvien du Commerce extérieur, c'est un lieu stratégique pour connecter le Pacifique à l’Atlantique : "Le Pérou est situé au centre de la côte pacifique sud-américaine. Sa position géostratégique peut en faire une plateforme logistique, permettant de relier les deux océans à travers les projets de routes transcontinentales avec le Brésil, ce qui faciliterait également les exportations brésiliennes vers le Pacifique."

Les plates-bandes des États-Unis

Rien qu’au Pérou, la Chine a investi trois milliards d’euros dans le projet portuaire de Chancay. Les premiers cargos viendront s’y amarrer dès l’an prochain. C'est l’occasion pour Pékin de canaliser durablement les richesses agricoles et minières de la région.

>> Chine : un projet de "capitale secondaire", dans l'ouest du pays

Voilà comment Pékin met les deux pieds dans le jardin des États-Unis. C’est un coup porté à l’influence américaine dans cette région du monde. Le port péruvien et le financement des deux saignées, à travers les Andes et l’Amazonie, vont sans doute affaiblir à terme l’incontournable canal de Panama. La main-mise de Pékin sur le continent sud-américain porte également une attaque directe à la doctrine Monroe, cette politique américaine interdisant à toute autre grande puissance d’intervenir dans les affaires des deux continents américains.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.