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Les Serbes vont défier leur président pour la quinzième fois

Depuis maintenant près de quatre mois, les manifestants défient le pouvoir, tous les samedis, dans ce pays des Balkans.

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Une manifestation contre le président serbe à Belgrade, le 9 mars 2019.
Une manifestation contre le président serbe à Belgrade, le 9 mars 2019. (ANDREJ ISAKOVIC / AFP)

Samedi 16 mars, ce sera le 15e samedi consécutif ! Rendez-vous comme toujours à 18h, c’est devenu l’heure de démarrage habituelle du cortège. A l’opposé de l’essoufflement du mouvement des "gilets jaunes" en France, la contestation prend de l’ampleur de semaine en semaine en Serbie. On attend 50 manifestations dans 50 villes du pays. Le tout derrière le même slogan, on en avait déjà parlé une fois ici-même : "Jedan od pet miliona". Ca veut dire : un sur cinq millions.   Pourquoi ce slogan ? C’est une réponse au président serbe Alexander Vucic, qui dès le début a défié les manifestants en affirmant "je ne cèderai pas même si vous êtes cinq millions dans la rue". En sachant qu’il n’y a que sept millions d’habitants en Serbie.

Justice et médias bâillonnés

Le mouvement critique la dérive autoritaire du président, ancien dirigeant ultra nationaliste converti au libéralisme pro-européen. Dans le viseur également : ses liens présumés avec certaines milices et plus globalement la corruption des dirigeants au pouvoir. Les manifestants réclament un gouvernement de transition avant l’organisation d’élections libres. Ils dénoncent enfin le manque d’indépendance de la justice et la mainmise du pouvoir sur les médias : samedi 16 mars dans la capitale Belgrade, le cortège se dirigera d’ailleurs vers le siège de la radio-télévision publique. Précisons enfin que le mouvement échappe à toute structuration par les partis traditionnels et qu’il est jusqu’à présent extrêmement pacifique.  

L'Albanie et le Monténégro touchés à leur tour

Et le mouvement se propage désormais aux pays voisins : toujours dans les Balkans, des manifestations d’une nature similaire sont apparus ces derniers week-ends en Albanie et au Monténégro. En Albanie, elles semblent plus organisées, plus structurées par l’opposition. Au Monténégro, en revanche, ça se structure un peu comme en Serbie : un mouvement spontané, qui dénonce la dérive autoritaire et la corruption d’une partie des élites. Il faut dire qu’une vidéo a récemment montré le secrétaire général de la présidence du Monténégro en train de recevoir ce qui ressemble à des pots-de-vin de la part d’un homme d’affaires. Il y a un autre point commun entre les trois pays : dans les trois cas, le pouvoir réagit de la même manière. En misant sur l’épuisement des manifestants et surtout en affirmant : nous sommes les seuls à être capables de dialoguer avec l’Union européenne pour espérer un jour y adhérer. Et c’est un argument fort dans les Balkans, où les populations sont souvent désireuses d’intégrer l’Europe.  

Le silence européen

En face, côté européen, c’est un peu silence radio face à ces manifestations : ni critique ni encouragement, plutôt la neutralité. Quant au processus d’adhésion de ces pays, il est enlisé. A fortiori pendant cette période de campagne pour les élections européennes. Bruxelles semble surtout préoccupé par une chose : préserver la stabilité dans la région. Et ce type de raisonnement est toujours favorable au maintien des pouvoirs en place.  

Une manifestation contre le président serbe à Belgrade, le 9 mars 2019.
Une manifestation contre le président serbe à Belgrade, le 9 mars 2019. (ANDREJ ISAKOVIC / AFP)