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Le président Bolsonaro déclare le Brésil en faillite et en impute la responsabilité aux médias

Pour le dirigeant d'extrême-droite, le pays est ruiné parce que la presse pousse aux mesures de restriction contre le virus.

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Le président brésilien Jair Bolsonaro, lors de l\'intronisation du nouveau ministre du Tourisme au Brésil en décembre 2020.
Le président brésilien Jair Bolsonaro, lors de l'intronisation du nouveau ministre du Tourisme au Brésil en décembre 2020. (EVARISTO SA / AFP)

C'était mardi 5 janvier au soir, le président brésilien Jair Bolsonaro l'affirme devant quelques-uns de ses partisans, et la vidéo a été diffusée par l’Agence France Presse. Le Brésil est "quebrada" affirme-t-il, c'est à dire "fauché", "en faillite". Puis il ajoute : "Je ne peux rien faire". Et pourquoi ne peut-il rien faire ? Sa réponse est cinglante : "À cause de la presse, à cause de ce virus alimenté par la presse, cette presse sans intérêt". Ce que Jair Bolsonaro reproche aux médias, c’est d’avoir poussé aux restrictions économiques pour lutter contre l’épidémie, et donc de l’avoir empêché de mettre en œuvre son programme d’exonération d’impôts pour les plus riches.

Le président brésilien oublie juste de préciser que son pays est, en nombre de victimes, le plus touché au monde après les États-Unis : le Brésil approche les 200 000 morts pour près de 8 millions de cas. En sachant que, selon plusieurs scientifiques, ce bilan est largement sous-estimé, de nombreux décès par pneumonie ou infection pulmonaire n’ont pas été comptabilisés. Et surtout, la situation se dégrade. C’est l’été au Brésil, et le respect des gestes barrières n’est pas à l’ordre du jour. Près de 60 000 contaminations et 1 200 décès lors de la seule journée de mardi. Les semaines qui viennent s’annoncent catastrophiques.  

L'arrêt de l'aide aux plus démunis

La situation économique du pays est également inquiétante. En fait Bolsonaro est dans une impasse, pris entre deux impératifs contradictoires. D’un côté, s’il veut sauver sa popularité, il doit maintenir un plan d’aide aux plus démunis. 100 euros par mois et par personne depuis le printemps dernier. Sauf que ce plan, qui coûte cher, s’est arrêté le 31 décembre, sous la pression des marchés financiers et de la logique néo-libérale qui dirige le pays. Les marchés s’inquiètent du taux d’endettement du Brésil, l’équivalent de 90% du produit intérieur brut du pays, en partie en raison de ce plan d’aides publiques à 68 millions de Brésiliens. Donc Bolsonaro dit qu’il ne peut rien faire. L’économie brésilienne s’était pourtant redressée au 3ème trimestre de l’an dernier, mais là elle risque de replonger.

Un président contre le vaccin

Et en plus la vaccination n’est pas pour demain au Brésil : ce sera au mieux à partir de la mi-février, et encore. En fait, l'État ne fait quasiment rien. Il a bien précommandé des doses auprès des laboratoires Pfizer et AstraZeneca. Mais le processus de certification n’est pas engagé et le pays n’a pas de réserves suffisantes d’aiguilles ou de seringues pour inoculer le vaccin. Il n’y a aucune logistique en place. De toutes façons, Bolsonaro est contre. Il a déjà annoncé sa décision de ne pas se faire vacciner. Si on l’écoute, en se vaccinant, les hommes ne devront pas s’étonner de se retrouver avec des voix efféminées et les femmes de ressembler à des crocodiles. Le seul qui se bouge, c’est le gouverneur de São Paulo, en conflit ouvert avec le président. Mais les partisans de Bolsonaro ne vont pas se vacciner de sitôt, vu les propos de leur leader.      

Le président brésilien Jair Bolsonaro, lors de l\'intronisation du nouveau ministre du Tourisme au Brésil en décembre 2020.
Le président brésilien Jair Bolsonaro, lors de l'intronisation du nouveau ministre du Tourisme au Brésil en décembre 2020. (EVARISTO SA / AFP)