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Le Groenland aux urnes sur fond de convoitises mondiales sur ses ressources minières

Les grandes puissances regardent attentivement les élections législatives en cours dans ce territoire autonome rattaché au Danemark et dont on parle rarement. Car il s’y joue un bras de fer international sur les richesses du sous-sol.

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Un membre de l\'organisation \"Urani Naamik\" accroche des affiches (3 avril 2021).
Un membre de l'organisation "Urani Naamik" accroche des affiches (3 avril 2021). (EMIL HELMS / RITZAU SCANPIX)

Urani Naamik. C’est le slogan qui aura marqué la campagne électorale. Ça veut dire "Non à l’uranium". D’habitude, les élections au Groenland passent totalement inaperçues et elles se jouent essentiellement sur des questions sociales. Il en va très différemment cette fois-ci dans ce territoire très peu peuplé, 56.000 habitants sur une surface immense de 2 millions de km2.

C’est à peu près comme si la population d’une ville comme Vannes occupait un territoire grand comme 3 fois la France. Ces dernières années, le Groenland a découvert dans son sous-sol des ressources insoupçonnées : d’abord des pierres précieuses (des rubis et des saphirs), puis un métal rare, l’anorthosite. Et enfin de grandes réserves d’uranium et de fluorure de sodium sur le site de Kvanefjeld. Et le projet de mine situé à cet endroit a donc occupé l’essentiel des controverses pendant la campagne. Il est sur le point de couter sa place au parti social-démocrate au pouvoir au Groenland depuis 40 ans. Le favori, c’est le parti inuit IA, une alliance gauche-écologistes, opposé au projet.

La Chine à la manœuvre en coulisses

Toutes ces terres rares suscitent donc la convoitise des grandes puissances et c'est pour ça que tout le monde surveille le résultat du scrutin. En l’occurrence, le projet de mine de Kvanefjeld a été confié à un conglomérat australien, Greenland Minerals. Mais le premier actionnaire de cette entreprise est chinois, Shenghe Resources. Et on sait à quel point la Chine contrôle en grande partie les réserves mondiales de terres rares, ces métaux indispensables pour les smartphones ou les batteries de voitures électriques. Chinois et Australiens ne sont pas les seuls sur les rangs. 41 entreprises étrangères possèdent des licences d’exploitation au Groenland, dont la grande majorité installée au Royaume-Uni ou Canada. Et puis devant les convoitises chinoises, les États-Unis se réveillent. Il y a deux ans, Donald Trump, dans son style bien à lui, avait carrément proposé d’acheter le Groenland tout entier. L’offre avait évidemment vexé tous les habitants. Mais c’est révélateur : tout le monde est aux aguets pour essayer de capter les richesses de ce territoire.

Un risque élevé de pollution

C’est aussi une histoire emblématique du conflit entre écologie et économie avec le réchauffement climatique, en tous cas du conflit entre préservation de l’environnement et enrichissement économique. Le pôle Nord se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Et le Groenland, longtemps composé uniquement de glace, mérite progressivement son nom : Groenland, ça veut dire terre verte. Conséquence : les voies deviennent navigables (c’est la route nouvelle maritime du Nord) et le sous-sol devient exploitable. La mine de Kvanefjeld, par exemple, peut à elle seule rapporter 200 millions d’euros dans les caisses du pays et créer 700 emplois. Mais le risque, c’est la pollution, les déchets radioactifs, et donc des effets sur la pêche, la faune, la flore. C’est pour ça que le slogan "Urani Naamik", Non à l’uranium, a dominé la campagne. Et c’est pour ça que le vote de quelques dizaines de milliers de Groenlandais peut avoir une portée emblématique mondiale.

Un membre de l\'organisation \"Urani Naamik\" accroche des affiches (3 avril 2021).
Un membre de l'organisation "Urani Naamik" accroche des affiches (3 avril 2021). (EMIL HELMS / RITZAU SCANPIX)