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La spectaculaire autocensure de la presse australienne

Tous les journaux proposent la même Une ce lundi 21 octobre, pour protester contre les restrictions de la liberté de la presse. Et c’est impressionnant.

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La presse australienne proposant unanimement la même une lundi 21 octobre.
La presse australienne proposant unanimement la même une lundi 21 octobre. (SAEED KHAN / AFP)

Prenons par exemple la une de The Age, l’un des grands quotidiens australiens.  On y voit un texte à 95% caviardé, c’est-à-dire avec des coups de marqueur noir qui empêchent la lecture. Un tampon en haut de la Une : "classé secret défense". Et une question en bas : "Quand le gouvernement cherche à vous empêcher de connaitre la vérité, que cache-t-il ?" On retrouve la même Une pour toute la presse australienne aujourd’hui. C’est comme si en France vous aviez la même une pour Le Figaro, le Monde, Libération, L’Humanité, les Echos, La Croix, Le Parisien, L’Opinion, et toute la presse régionale, Ouest France, Sud-Ouest, etc. Tous les titres australiens, habituellement rivaux, se sont mis d’accord. Le sujet fait aussi la une de toutes les radios et télévisions, et s’accompagne d’un clip publicitaire qui dit en substance: "Les médias ne peuvent pas enquêter sur ce qui est dissimulé, vous n’êtes pas autorisé à savoir, or vous avez le droit de savoir !"  

Perquisitions en série contre les journalistes

La presse australienne est très remontée et elle a des raisons de l’être parce que ces derniers mois, les pouvoirs publics ont multiplié les ingérences pour limiter la liberté de la presse. Donnons quelques exemples. Une reporter d’ABC News dévoile que le ministère de l’Intérieur cherche à espionner les e-mails, les comptes à banques et les textos des citoyens. Elle voit débarquer la police chez elle. Trois reporters enquêtent sur des soupçons de crimes de guerre de soldats australiens en Afghanistan. La police fait irruption sur leur lieu de travail. La presse se voit refuser d’enquêter sur des suspicions de maltraitance sur des personnes âgées, sur des ventes de domaine forestier à des compagnies étrangères. Elle a du mal à obtenir les chiffres officiels sur l’immigration ou le réchauffement climatique. Un journaliste s’est même vu interdit de publier les menus des députés au restaurant du Parlement. A chaque fois, les pouvoirs publics invoquent soit le secret défense, soit le secret des affaires.  

75 lois sur la presse en 20 ans

Cette répression est en partie légale parce que lors des 20 dernières années, les gouvernements australiens successifs ont durci les conditions d’accès à l’information, avec pas moins de 75 lois en 20 ans. Mais les textes restent flous sur la protection des journalistes et des lanceurs d’alerte. La presse australienne est donc unanime à demander une nouvelle législation pour garantir le secret des sources (fondement du métier de journaliste) et la publication de toute information, dès l’instant où elle possède un intérêt public. Selon une enquête récente, seulement 37% des Australiens estiment que la liberté de la presse est garantie dans leur pays. Ils sont 87% à demander une amélioration. Le bras de fer entre la presse et le pouvoir ne fait donc que commencer.  

La presse australienne proposant unanimement la même une lundi 21 octobre.
La presse australienne proposant unanimement la même une lundi 21 octobre. (SAEED KHAN / AFP)