La journaliste chinoise Zhang Zhan risque de mourir

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En Chine, une lanceuse d'alerte est en prison et observe une grève de la faim. Elle a voulu informer la population en filmant la situation à Wuhan au début de la pandémie de Covid-19.

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Radio France
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Cette capture d'écran a été prise le 28 décembre 2020 dans une vidéo Youtube montrant la journaliste citoyenne chinoise Zhang Zhan. (HANDOUT / YOUTUBE)

En février 2020, Zhang Zhan, n'hésite pas une seconde. Elle quitte Shanghai, saute dans un train, direction Wuhan. Dans une vidéo, elle explique la raison qu'il l'a conduite à Wuhan. C'est ce message en ligne d'un habitant désespéré qui craignait qu'on le laisse mourir là à Wuhan, la ville abandonnée. 

Avec son téléphone portable, Zhang Zhan, filme, se filme, elle témoignage. Elle montre les hôpitaux surchargés, les patients livrés à eux-mêmes, le chaos dans les couloirs. Elle montre ce policier qui la menace si elle continue à faire des images. Elle montre ce que le pouvoir veut soustraire au regard. Une ville coupée du monde, sous tensions, une situation sanitaire difficile à maîtriser. 

Avec ses vidéos de quelques minutes, elle contredit le récit bien installé des autorités. Celui d'une lutte héroïque et efficace contre le virus. A ce jour, "officiellement", la Chine confirme environ 126 000 cas de Covid-19 et près de 5 700 morts selon l'Organisation Mondiale de la Santé. Le pays compte 1 milliard 400 millions d'habitants. Zhang Zhan avait des doutes. D'ailleurs, au policier qui veut lui arracher son téléphone, elle dit sans détours : "j'ai le droit de surveiller ce que fait l'État".

La journaliste condamnée

 Zhang Zhan a été condamnée fin 2020 à quatre ans de prison pour "provocation aux troubles à l'ordre public". Un motif fréquemment invoqué en Chine contre les opposants politiques. Amnesty International parle d'un "simulacre de procès". 

Zhang Zhan, 38 ans, 1 mètre 77, 40 kilos ne peut plus se déplacer, ni même lever la tête, sans assistance, nous alerte dans un communiqué Reporters Sans Frontières. En août, elle a été hospitalisée pendant une dizaine de jours. Car si Zhang Zhan ne peut plus témoigner, elle continue de protester à sa manière. Elle est en grève de la faim.

Selon ses avocats, elle est parfois nourrie de force par une sonde nasale. Son frère a laissé un message inquiétant la semaine dernière sur Twitter : "Elle est très amaigrie (...) elle risque de ne plus vivre très longtemps (..) Elle ne passera peut-être pas l'hiver".

Le gouvernement chinois muet

Le gouvernement chinois ne dit rien sur l'état de santé de Zhang Zhan. Un porte parole du ministère des Affaires étrangères rappelle simplement "que toute personne qui enfreint la loi doit être punie". Il qualifie les appels à la libération de la journaliste "de manipulation politique anti-chinoise".

L'appel d'Amnesty International donc qui évoque "une attaque honteuse contre les droits de l'homme"L'appel aussi de Reporters sans Frontières et d'une coalition de 44 ONG en septembre. RSF qui décrit la Chine "comme la plus grande prison au monde pour les journalistes avec au moins 122 détenus". Trois autres journalistes indépendants ont d'ailleurs étaient emprisonnés après avoir couvert la crise sanitaire à Wuhan.

RSF demande à la communauté internationale de faire pression "avant qu'il ne soit trop tard"Trop tard pour sauver Zhang Zhan. "Si elle ne survit pas", dit son frère, "j'espère que le monde se souviendra d'elle, telle qu'elle était autrefois"

"J'ai peut-être une âme rebelle", peut-on entendre Zhang Zhan s'interroger dans une vidéo. "Je veux seulement documenter la réalité. Pourquoi je ne pourrais pas montrer ce qui est vrai ?"

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