L'Algérie organise des manœuvres militaires conjointes avec la Russie

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Ces opérations terrestres vont se dérouler près de la frontière du Maroc. Cet affichage a valeur de symbole en pleine guerre en Ukraine.  

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Radio France
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Le ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov (à gauche), serrant la main du ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, lors de leur rencontre à Alger le 10 mai 2022. Phot d'illustration. (AFP / RUSSIAN FOREIGN MINISTRY)

L'opération débute mardi 15 novembre et s'appelle "Bouclier du désert". Près de 200 soldats, pour moitié algériens, pour moitié russes, vont y participer dans la région de Bechar, dans l'ouest de l'Algérie, près du Maroc. Les manœuvres devraient durer plusieurs jours. Une opération terrestre de cette nature est une première sur le sol algérien. Elle est révélatrice de l'accélération de la coopération militaire entre les deux pays. Ils ont déjà organisé des manœuvres navales conjointes. Par exemple, au mois d'octobre 2022 au large du port d'Alger. Dans l'autre sens, l'Algérie, il y a quelques semaines, avait participé aux grandes manœuvres russes Vostok, dans l'est de la Russie.

La coopération est encore plus forte sur le plan industriel. L'Algérie, qui a augmenté son budget de défense de 130% en 2021, est en train de devenir le premier importateur d'armes russes au monde, devant même les géants indien et chinois. Selon la presse algérienne, un énorme contrat est en préparation, pour un montant de plus de 11 milliards. Avec potentiellement l'achat par l'Algérie des nouveaux chasseurs russes Soukhoi Su75 de cinquième génération. Si ce contrat se confirme, ce sera une manne financière importante pour Moscou en pleine guerre en Ukraine.  

Un climat de guerre froide avec le Maroc

De nombreuses raisons expliquent cette alliance, à commencer par deux explications liées à l'actualité dans la région. D'abord, la tension très forte entre l'Algérie et son voisin le Maroc. Les deux pays sont à couteaux tirés, en particulier sur la question du Sahara Occidental, ce territoire désertique de 600 000 habitants, dont le statut n'est pas réglé depuis près de 50 ans. Le Maroc considère que cette zone lui appartient. Il est soutenu par les États-Unis, depuis la présidence Trump. À l'inverse, l'Algérie appuie le Front Polisario qui revendique l'indépendance du Sahara Occidental. Organiser des manœuvres militaires à 50 km de la frontière marocaine, comme va le faire l'Algérie avec la Russie, c'est donc envoyer un message au Maroc.

Ensuite, Alger semble décidée à se réinvestir militairement à sa frontière Sud, dans la zone du Sahel. C'est ce qu'affirme un haut diplomate français. Et la France est intéressée à l'affaire : il s'agit de combattre les groupes terroristes de l'État Islamique au Grand Sahara dans le nord du Mali, surtout après la fin de l'opération française Barkhane. La Russie partage cette volonté de porter le fer contre les groupes islamistes. Donc, les intérêts se rejoignent.    

Une puissance gazière courtisée

Cette alliance est aussi très ancienne entre Moscou et Alger. Elle remonte à l'Union soviétique. Les deux pays partagent une vision du monde assez proche. Et Moscou sait faire des gestes. Par exemple, il y a une quinzaine d'années, la Russie avait effacé près de cinq milliards de dettes de l'Algérie. Alger compte aussi sur le soutien de Moscou pour l'un de ses principaux objectifs diplomatiques : rejoindre le club des "Brics" cette association de plusieurs pays qui regroupe, outre la Russie, l'Inde, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud. Le président Tebboune devrait se rendre en visite officielle en Russie avant la fin de l'année. Enfin les réserves pétrolières et gazières de l'Algérie la mettent en position de force en pleine crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine. Le pays est courtisé en particulier par les Européens : Alger se sent donc en position de force.    

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