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Foot : le match River-Boca tourne à la crise nationale en Argentine

Buenos Aires s'apprête à accueillir le sommet du G20, mais c'est un tout autre sujet qui fait la une des médias. Il s'agit d'un match de football et les incidents sérieux qui l'entourent.

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Un joueur de Boca Junior (à g.) se fait tacler par un joueur de River Plate, lors du match aller de la finale de la Copa Libertadores, le 11 novembre 2018.
Un joueur de Boca Junior (à g.) se fait tacler par un joueur de River Plate, lors du match aller de la finale de la Copa Libertadores, le 11 novembre 2018. (EITAN ABRAMOVICH / AFP)

C'est un match qui n’aura peut-être jamais lieu : River Plate contre Boca Juniors, deux clubs de la capitale Buenos Aires, deux clubs que tout oppose depuis plus de 100 ans. Ils se retrouvent en finale de la Copa Libertadores, l’équivalent de la Ligue des Champions en Amérique du Sud, autrement dit la grande compétition interclubs du continent.

Après le match nul (2-2) de l'aller, le match retour, samedi 24 novembre, n’a jamais pu se dérouler. Parce que dans les heures qui ont précédé, la situation a tourné au vinaigre : échauffourées multiples autour du stade de River Plate, agression du bus des joueurs de Boca à coups de projectiles, un joueur a été sérieusement blessé, insultes et noms d’oiseau entre dirigeants des deux clubs, etc. 30 personnes ont été arrêtées, la plupart ont été relâchées, hormis une mère de famille condamnée à deux ans de prison. Elle avait cherché à cacher des petits explosifs et fumigènes sous les habits de son fils de 9 ans. Le responsable de la sécurité de la ville de Buenos Aires a démissionné, le maire de la ville accuse un club de supporters de River Plate, les Barra Brava d’être une Mafia, et la presse argentine ne parle que de ça. On est presque au bord de la crise politique pour un match de foot.  

Une haine ancestrale

Il faut dire que les deux clubs entretiennent une rivalité inouïe. On ne peut même pas, ici en Europe, mesurer l’ampleur d’une telle rivalité. C’est OM-PSG puissance 50, Real-Barcelone, puissance 10. Pour avoir eu l’occasion il y a quelques années d’assister à un match des "Jaunes et Bleus", autrement dit Boca Juniors, il y règne quelque chose qui relève du fanatisme religieux et une véritable détestation de River Plate.

Les deux clubs, au départ, sont originaires du même quartier populaire de la Boca. Sauf que les "Rouges et Blancs", autrement dit River Plate ont déménagé à Nunez, chez les riches. Le surnom du club est alors devenu "Les millionnaires". Et depuis c’est la lutte des classes via le football avec, à plusieurs reprises, des morts à la clé. En particulier en 1968 : 70 morts (dont de nombreux enfants) dans les rangs des supporters de Boca, coincés lors d’un mouvement de foule à la sortie du stade de River. Il n’y a jamais eu aucune poursuite. Le contentieux relève donc quasiment de la haine, c’est effrayant et fascinant en même temps.

Le G20 au milieu de la crise du foot

C'est dans ce contexte que Buenos Aires s’apprête à accueillir le sommet du G20 ! Dans 48 heures, les 20 chefs d’Etat et de gouvernement des pays les plus riches de la planète vont tous débarquer dans la capitale argentine : Donald Trump, Xi Jinping, Angela Merkel, Emmanuel Macron, sans oublier le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane. Ils vont se retrouver sur fond de forte controverse autour de l’affaire Khashoggi. Et bien ils pourraient débarquer dans une ville où les clubs supporters sont sur le point de s’affronter en bataille rangée. Belle publicité pour le football ! 

Un joueur de Boca Junior (à g.) se fait tacler par un joueur de River Plate, lors du match aller de la finale de la Copa Libertadores, le 11 novembre 2018.
Un joueur de Boca Junior (à g.) se fait tacler par un joueur de River Plate, lors du match aller de la finale de la Copa Libertadores, le 11 novembre 2018. (EITAN ABRAMOVICH / AFP)