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En Grèce, la justice cloue au pilori le parti d'extrême droite Aube dorée

Cinq ans de procédure ont abouti à une condamnation très ferme du mouvement néonazi, qualifié d’organisation criminelle.

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Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues d\'Athènes pour demander la condamnation des dirigeants du parti d\'extrème droite grec Aube dorée (7 octobre 2020).
Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues d'Athènes pour demander la condamnation des dirigeants du parti d'extrème droite grec Aube dorée (7 octobre 2020). (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Organisation criminelle, les mots sont forts et explicites. Et c’est ce qu’espéraient les parties civiles. Au départ, il s’agissait de poursuivre uniquement un homme pour assassinat : Yorgos Roupakias, membre du mouvement Aube dorée. Et il a de fait été reconnu coupable ce matin du meurtre d’un jeune rappeur de 34 ans, tué par arme blanche en 2013 dans une banlieue d’Athènes. Il risque la prison à perpétuité. Mais au fil des audiences, l’enjeu s’était considérablement élargi à l’ensemble de la structure de ce mouvement d’extrême droite. Pour savoir si Aube Dorée était bien structuré de façon pyramidale, et dans un but délibérément criminel, avec des soupçons portant sur plusieurs autres tentatives d’homicide.

Ce 7 octobre, le tribunal a donc répondu oui, et condamné tous les dirigeants du mouvement, dont son fondateur et leader Nikos Michaloliakos, âgé de 62 ans. Au total, plus de 50 membres du mouvement, dont plusieurs députés, ont été reconnus coupables d’appartenance à une organisation criminelle. Seulement une dizaine de personnes ont été relaxées. Les peines, entre 5 et 15 ans de prison, ne seront fixées que lors d’une prochaine audience. Mais le message envoyé par la justice à la société grecque est très clair : non à cette dérive ultraviolente.  

Une dérive violente et néonazie

Ce parti peut vraiment être qualifié de néonazi. La direction actuelle d’Aube dorée réfute ce qualificatif. Mais de nombreux témoignages démontrent à quel point le mouvement a pu être animé par la nostalgie du IIIème Reich : saluts nazis, discours sur l’utilité des fours crématoires, etc. Son chef, Nikos Michaloliakos, n’a jamais caché ses penchants négationnistes et sa fascination pour la dictature des colonels qui a dirigé la Grèce de 1967 à 1974. Aube dorée est officiellement apparu en 1980 et demeuré confidentiel jusqu’en 2010. À partir de ce moment-là, il a profité de la crise financière grecque pour faire prospérer ses idées. Jusqu’à devenir en 2015 la troisième force politique du pays avec 17 députés.

Dans le même temps, Aube Dorée s’est structuré comme une milice, avec des commandos armés et vêtus de noir, patrouillant la nuit pour faire régner la peur. Avec de multiples agressions à la clé, contre des migrants, des syndicalistes ou des militants de gauche. Aujourd’hui, le voilà ramené à ce qu’il a sans doute toujours été : une organisation criminelle.  

Incidents après le verdict

Cela dit, le procès a été long et compliqué : plus de cinq ans de procédure, plus d’un tera octet de documents. 153 témoins. Des dizaines d’avocats. Et un parquet pas toujours très clair : en décembre 2019, la procureure avait même requis l’acquittement. Finalement, la justice a donc tranché : coupable.

La décision a provoqué quelques incidents devant le palais de justice d’Athènes : 15 000 manifestants antifascistes regroupés devant le bâtiment ont lancé des cocktails Molotov pour saluer ce verdict. Tout est finalement rentré dans l’ordre. Mais c’est le signe de la tension qui entourait ce procès.    

Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues d\'Athènes pour demander la condamnation des dirigeants du parti d\'extrème droite grec Aube dorée (7 octobre 2020).
Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues d'Athènes pour demander la condamnation des dirigeants du parti d'extrème droite grec Aube dorée (7 octobre 2020). (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)