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Élections européennes : en Hongrie, Viktor Orban "l'anti-migrants" écrase la concurrence

Toute la semaine un regard sur la campagne électorale chez nos voisins. Direction la Hongrie où le très controversé Viktor Orban se dirige vers une victoire à plate couture.

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Viktor Orban en mai 2019. 
Viktor Orban en mai 2019.  (SZILARD KOSZTICSAK / EPA/MTI)

Inutile en Hongrie de chercher des affiches électorales de l’opposition pour les élections européennes. Elles sont quasiment introuvables, hormis dans certains quartiers de la capitale, Budapest. Le Fidesz, le parti de Viktor Orban, n’en déplaise aux dirigeants européens, est devenu omnipotent dans ce pays de dix millions d’habitants au cœur de l’Europe. Et il s’oriente vers un succès à plate couture dimanche 26 mai. Les sondages d’intention de vote lui accordent 55% des voix et les deux tiers des députés.

Une nouvelle fois, le Premier ministre hongrois a fait campagne sur le thème de l’immigration, en accusant Bruxelles de vouloir ouvrir l’Europe à des "hordes de musulmans". Le slogan principal sur les affiches du Fidesz, qui sont visibles partout en Hongrie est : "Stop à l’immigration". Précisons quand même que la Hongrie accueille très peu de migrants, mais peu importe, le discours fonctionne à plein. Et il s’est doublé, lors de cette campagne, d’un nouveau thème : le natalisme. Il s'agit d'un appel aux Hongrois à faire des enfants pour contrecarrer le risque d’une prétendue "invasion musulmane".Tout cela porte d’autant plus ses fruits dans l’électorat que le parti d’Orban contrôle désormais la quasi-totalité des médias publics comme privés. C’est un rouleau compresseur médiatique.  

Un pied dans l'Europe, un pied en dehors

La relation de la Hongrie à l’Europe est ambigüe. D’un côté, Orban dit pis que pendre de Bruxelles et du président sortant de la commission européenne. Ses attaques à répétition contre Jean-Claude Juncker ont d’ailleurs valu au Fidesz d’être suspendu jusqu’à l’été, du Parti populaire européen, le grand groupe de droite au Parlement de Strasbourg. Ajoutons aussi que la Hongrie se voit comme une porte d’entrée des investissements chinois en Europe.

Mais d’un autre côté Budapest se garde bien d’aller trop loin parce que la Hongrie tire largement profit des investissements européens. Ils permettent de construire des routes, des hôpitaux, ou encore d’aider l’agriculture. En fait, on a surtout l’impression que Viktor Orban cherche à monnayer son influence. Comme son parti sera l’un des rares mouvements de droite traditionnelle à progresser dimanche 26 mai, il va ensuite essayer d’augmenter son poids politique au sein du parti populaire européen. Et s’il échoue, alors il essaiera peut-être de s’allier avec l’extrême droite de l’Italien Matteo Salvini.  

Une abstention record

Les autres forces politiques en Hongrie sont vraiment "atomisées". La gauche est éclatée en plusieurs mouvements, aucun ne devrait dépasser les 11 ou 12%. Ensuite il y a le Jobbik, le parti d’extrême droite. Mais comme Viktor Orban chasse sur ses terres, il cherche à se recentrer et perd des électeurs. Il y a enfin des petits partis comme le mouvement satirique "Le chien à deux queues" qui tourne le pouvoir en dérision mais tout cela n’a guère d’impact.  

En fait, le premier parti, lors de ces élections européennes en Hongrie, ce sera sans doute celui de l’abstention, parce que de nombreux électeurs estiment que ça ne sert à rien de se déplacer face à la puissance d’Orban. On s’attend à un taux d’abstention de 70%. 

Viktor Orban en mai 2019. 
Viktor Orban en mai 2019.  (SZILARD KOSZTICSAK / EPA/MTI)