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Des renforts militaires russes arrivent au Venezuela

La crise politique continue au Venezuela. Et le président Nicolas Maduro vient de recevoir un soutien militaire de Moscou. 

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Conférence de presse de la vice-présidente du Venezuela Delcy Rodriguez et du ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov le 1er mars 2019.
Conférence de presse de la vice-présidente du Venezuela Delcy Rodriguez et du ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov le 1er mars 2019. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Le dessin sur le fuselage ne trompe pas, avec ses bandes horizontales blanches bleues et rouges : ce sont bien deux appareils russes qui se sont discrètement posés samedi 23 mars et dimanche 24 mars sur le tarmac de l’aéroport de Caracas. Ces deux appareils militaires portent à eux seuls un message : Moscou soutient le pouvoir en place au Venezuela, deux mois après le début de la contestation dans le pays, qui voit l’opposition menée par le président du Parlement Juan Guaido contester désormais toute forme de légitimité à Nicolas Maduro.

L’information a été confirmée par l’agence de presse russe Sputnik, qui évoque donc deux avions: un Ilysushin qui transportait des troupes, une centaine d’hommes, et un Antonov, qui transportait 35 tonnes de matériel militaire. Les deux appareils auraient fait escale en Syrie, avant de prendre la direction de l’Amérique du Sud. Et le tout sous le commandement du général Tonkoshkurov : à savoir le chef de toutes les forces terrestres russes. L’affaire est donc sérieuse, et confirme l’engagement militaire de Moscou aux côtés du pouvoir vénézuélien.

Fin janvier déjà, des mercenaires russes, appartenant à la société privée Wagner, auraient déjà été envoyés en renfort afin d’assurer la protection personnelle de Nicolas Maduro. Et un conseiller militaire russe accompagne désormais le président vénézuélien en quasi permanence.  

10 milliards d'armement russe

Ce soutien marqué s'explique : la Russie aurait beaucoup à perdre à une chute de Nicolas Maduro. D’abord des intérêts commerciaux. Moscou est devenu le premier fournisseur d’armes du Venezuela : des tanks, des avions, des mitraillettes, tout y passe, pour plus de 10 milliards d’euros en 13 ans. Moscou, par le biais du géant Rosneft, est aussi le premier investisseur dans les champs gaziers et pétrolifères du pays. La firme russe est même le propriétaire de plusieurs d’entre eux. Et l’Etat vénézuélien lui devrait 6 milliards de dollars. Ensuite, la Russie voit un intérêt géopolitique dans ce soutien : maintenir un allié à proximité géographique des Etats-Unis, un Cuba bis. Il y a quelques semaines, le journal moscovite Novaia Gazeta avait lui repéré deux étranges allers-retours d’un Boeing privé russe direction Caracas. Le journal est persuadé que l’appareil transportait de l’argent liquide en très grande quantité pour aider Maduro. De l’argent provenant de la vente de stocks d’or vénézuéliens conservé dans les banques russes.    

Une crise partie pour durer

On a quand même du mal à croire que ça puisse aller jusqu’à faire la guerre. Ne serait-ce qu’en raison de la distance qui sépare le Venezuela de la Russie. Mais ça sonne comme un avertissement à Washington : ne vous avisez pas de pousser trop loin votre soutien à l’opposant Juan Guaido. Il y a dans tout ça un vrai parfum de guerre froide. Et ça laisse penser que la crise au Venezuela est peut-être partie pour durer.    

Conférence de presse de la vice-présidente du Venezuela Delcy Rodriguez et du ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov le 1er mars 2019.
Conférence de presse de la vice-présidente du Venezuela Delcy Rodriguez et du ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov le 1er mars 2019. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)