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Comme le prix Nobel de la paix Ales Bialiatski, l’opposition biélorusse est emprisonnée ou en exil

L’un des trois récipiendaires du prix Nobel de la paix est le militant biélorusse Ales Bialiatski. Il est l'incarnation d’une révolte populaire passée un peu au second plan depuis le début de la guerre en Ukraine, dans ce pays qui est le premier allié de Moscou. Un soulèvement violemment réprimé.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Le militant biélorusse des droits de l'homme Ales Bialiatski, le 11 juin 2019. (TATYANA ZENKOVICH / EPA)

La répression est féroce dans ce pays de 9 millions d’habitants, depuis le soulèvement populaire contre la réélection truquée du dictateur Alexandre Loukachenko il y a deux ans. A l’image d’Ales Bialiatski en prison depuis plus d’un an, plus de 1 300 personnes sont toujours derrière les barreaux. C’est le décompte du Centre de défense des droits de l’homme Viasna, l’organisation de Bialiatski.

Les principales figures de la contestation en Biélorussie - l’opposition préfère dire Belarus - sont toutes incarcérées, notamment le blogueur Serguei Tsikhanovski, condamné à 18 ans de prison en décembre dernier. Il y a aussi Artyom Sakov, condamné à 16 ans de prison, ou Mikola Statkevitch, condamné à 14 ans. Le centre Viasna a également recensé 40 000 interpellations et 3 000 cas de torture. 550 ONG ont aussi été fermées. Sans compter que la loi a été durcie au printemps dernier : elle autorise désormais la peine de mort pour toute "tentative d’acte de terrorisme". Or, c’est le motif principal de poursuite utilisé contre les opposants. La répression, qui au départ visait exclusivement les opposants politiques déclarés, s’est étendue à des pans entiers de la société, notamment les militants associatifs et les journalistes. 33 sont actuellement derrière les barreaux.  

250 000 personnes ont fui le pays

Quand ils ne sont pas en prison, les opposants sont en exil. Notre confrère franco-biélorusse Andreï Vaitovich estime que 250 000 personnes ont fui le pays depuis deux ans. Essentiellement vers la Pologne, la Géorgie, et les pays Baltes, principalement la Lituanie. Tous les médias indépendants ont choisi l’exil, tout comme bon nombre d’intellectuels, d’étudiants, d’avocats, d’artistes, d’informaticiens.

En exil également deux symboles de la contestation : Sviatlana Tsikhanouskaia, l’épouse de Tsikhanovski, désormais bien connue du grand public. Elle vit à Vilnius en Lituanie. Elle a salué tout à l’heure l’attribution du prix Nobel à Ales Bialiatski, en appelant à la libération de tous les prisonniers politiques. On peut aussi citer Pavel Latushko, ancien ministre de la Culture, qui a fondé une sorte de gouvernement parallèle en exil, à Varsovie en Pologne. De nombreux exilés avaient également choisi, au départ, de partir pour l’Ukraine. Mais la guerre, depuis le mois de février, les a souvent contraints à un nouvel exode.  

Des dizaines d'actes de sabotage

Pour autant, toute forme de contestation n'a pas disparu dans le pays, mais la contestation est devenue clandestine. Elle s’est manifestée, au printemps dernier, par des dizaines d’actes de sabotage sur les lignes de chemin de fer, lorsque le pouvoir biélorusse, premier allié de Moscou, a voulu faciliter l’acheminement des troupes russes vers l’Ukraine.

La résistance se traduit aussi par tout un réseau d’information à destination de l’armée ukrainienne, afin notamment de faire connaître les mouvements militaires sur le sol biélorusse. Ces renseignements sont transmis via des messageries cryptées comme Telegram. Parce que le pouvoir, malgré l’ampleur de ses moyens répressifs, n’a pas pu fermer tous les réseaux sociaux. De nombreux habitants parviennent d’ailleurs à s’informer en installant des VPN pour contourner la censure sur Internet. Simplement, ils ne peuvent rien exprimer publiquement, au risque de se retrouver directement en prison.    

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