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Aung San Suu Kyi dans le box des accusés sur fond d'impasse politique en Birmanie

Cinq mois après le coup d’État militaire dans ce pays d'Asie du Sud Est, la prix Nobel de la Paix se retrouve traduite en procès pour des accusations montées de toutes pièces.

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Aung San Suu Kyi (17 janvier 2020).
Aung San Suu Kyi (17 janvier 2020). (STR / AFP)

Ça ressemble à une parodie de procès. Le but du régime militaire est de discréditer la prix Nobel 1991 aujourd’hui âgée de 75 ans. Un tribunal spécial, à l’abri des regards, a été monté dans la capitale Naypidaw, cette ville créée de toutes pièces par les militaires, il y a quelques années, au cœur de la jungle birmane. Ce lundi 14 juin première salve d’accusations contre Aung San Suu Kyi : un mélange d’inculpations hétéroclites, pour détention de talkies walkies ou non-respect des restrictions liées à la lutte contre la pandémie de Covid. Mais ce n’est qu’un avant-goût. Les accusations les plus sérieuses sont pour le 15 juin, dans le cadre d’une 2e procédure distincte, cette fois pour sédition contre le pouvoir. Et au total, 6 procès sont engagés contre elle. Aung San Suu Kyi est notamment poursuivie pour corruption, et pour violation de secrets d’État, mais là les dates des procès ne sont pas connues. Même si l’aura de la prix Nobel a été écornée dans la communauté internationale par son silence sur les exactions contre les musulmans Rohingyas, elle demeure l’emblème de la lutte pour la démocratie dans ce pays de 54 millions d’habitants. Et c’est pour cette raison qu’elle est la cible prioritaire des militaires. Les droits de la défense ne sont d’ailleurs pas une priorité : depuis son arrestation, Aung San Suu Kyi n’a pu rencontrer ses avocats qu’à deux reprises, pendant seulement 30 minutes à chaque fois. L’objectif du pouvoir est simple : qu’elle soit condamnée !  

Répression généralisée

Plus globalement, les militaires putschistes poursuivent leur logique de répression, répression politique et militaire. Sur le plan politique, les généraux birmans envisagent de dissoudre le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue Nationale de la Démocratie, qui était sortie largement vainqueur des élections de l’automne dernier. C’est ce que les militaires n’avaient pas supporté, le risque après ce scrutin de perdre totalement le pouvoir, et c’est donc ce qui avait conduit au putsch du 1er février. Pour se justifier, le régime affirme avoir la certitude de "fraudes énormes" lors des élections, mais il n’avance éaucune preuve. 5000 personnes ont été placées en détention. Parallèlement, l’armée (Tatmadaw comme on l’appelle en Birmanie) a lancé une nouvelle offensive contre les groupes rebelles, les Shans, les Khayans, concentrés dans l’Est du pays, près du Laos et de la Thaïlande. Les bombardements aériens ont redoublé depuis un mois et ils ont déjà fait fuir près de 100.000 personnes selon une estimation de l’ONU.  

Mobilisation virale et bombes artisanales

Mais en face la résistance s’organise, une double résistance, passive, et armée. La résistance passive, c’est par exemple la grève. Elle a totalement perturbé la rentrée scolaire de début juin : à Rangoon, la plus grande ville du pays, seulement 30% des écoliers ont été accueillis en classe. C’est aussi la mobilisation via les réseaux sociaux : avec le succès hier des messages portant le mot clé "Black4Rohingya", habillez-vous de noir pour soutenir la cause des Rohingyas. Et puis il y a donc la résistance armée. Les différents groupes rebelles semblent avoir formé une alliance. Et plusieurs témoignages font état d’explosions de bombes artisanales qui visent l’armée de façon désormais régulière. La Birmanie est en train de s’enfoncer dans le conflit.  

Aung San Suu Kyi (17 janvier 2020).
Aung San Suu Kyi (17 janvier 2020). (STR / AFP)