Abu Dhabi touché par des attaques de drones sans précédent en provenance du Yémen

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Ces attaques en pleine ville et en plein jour sont directement liées à la guerre au Yémen et témoignent d'une escalade dans ce conflit qui dure depuis 2014.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un centre de stockage pétrolier près de l'aéroport d'Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis), l'une des cibles des attaques de drones venues du Yémen le 17 janvier 2022 (AFP)

Une énorme colonne de fumée noire s’est élevée une grande partie de la journée, ce lundi 17 janvier; dans le ciel sans nuages d’Abu Dhabi (où il  faisait 29°). Elle a été provoquée par l’explosion de plusieurs camions citernes près des zones de stockage de la compagnie pétrolière nationale. Puis par un incendie dans une zone de construction à proximité de l’aéroport international de cette ville d'un million et demi d’habitants, qui est aussi la capitale politique des Emirats Arabes Unis, à l'est de la péninsule arabique.

Les autorités émiraties affirment que l’explosion des camions a fait trois morts, des employés pakistanais et indien (il y en a beaucoup aux Emirats). L’explosion comme l’incendie semblent avoir été provoqués par des drones lancés depuis le Yémen, beaucoup plus au sud. Peut-être depuis Sanaa, à près de 1 500 km. Ces tirs ont en effet été revendiqués par les rebelles houthis, qui contrôlent Sanaa et sont en guerre ouverte avec la coalition gouvernementale soutenue par l’Arabie saoudite et les Émirats. Cette attaque sans précédent confirme la généralisation du recours aux drones dans les conflits armés en cours : c'est aussi le cas en Ethiopie ou en Libye.

Les Émirats épargnés jusqu'à présent malgré leur implication

Mais surtout, elle constitue une première parce qu’elle vise les Émirats, qui étaient restés relativement épargnés par le conflit jusqu’à présent alors qu’ils y sont directement impliqués. Avec l’Arabie saoudite, ils sont le principal soutien de la coalition gouvernementale opposée aux rebelles houthis, qui sont appuyés par l’Iran même si Téhéran s’en défend. Mais autant l’Arabie saoudite a déjà subi de multiples attaques de drones, avec de nombreuses victimes civiles, autant le sol émirati avait pour l’instant échappé à ces actes de représailles. Et les Émirats continuaient à pouvoir se vanter d’être un havre de paix dans ce Moyen-Orient tellement violent.

Depuis quelques semaines, la donne change et la guerre déborde de plus en plus des frontières du Yémen. Les houthis s’en prennent désormais ouvertement aux Émirats. Par exemple, début janvier en Mer Rouge, ils ont arraisonné un navire émirati censé transporter de l’aide humanitaire mais qui, selon eux, convoyait du matériel militaire. L’ONU a eu beau protester, ça n’a rien changé.  

Plus de 375 000 victimes en sept ans

Tout cela est révélateur d’une nouvelle escalade dans ce conflit qui dure depuis plus de sept ans. Les combats ont commencé à l’été 2014. Et la guerre au Yémen a déjà fait plus de 375 000 victimes, directes ou indirectes, à cause de la famine ou des maladies. L’ONU estime le nombre de personnes déplacées à 16 millions. Et l’aide internationale peine à arriver, en partie par manque de financement. C’est la plus grande crise humanitaire au monde aujourd’hui.

En plus, les combats se sont intensifiés depuis début décembre. Les forces pro-gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite et les Émirats ont lancé une nouvelle offensive. Elle a provoqué le déplacement d’au moins 15 000 personnes supplémentaires. Et la France, on le rappelle, est indirectement impliquée dans ce conflit, puisqu’elle vend beaucoup d’armes aux Emirats : dernier contrat en date, le mois dernier, 80 Rafale. Plusieurs enquêtes ont démontré que ces armes ont été régulièrement utilisées à des fins offensives.    

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