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À Hong Kong, le pouvoir s'attaque au monde éducatif

Le pouvoir pro-chinois continue de serrer progressivement la vis dans l'ancienne colonie britannique. Il s’en prend directement pour la première fois aux enseignants. 

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Une école à Hong Kong (illustration), le 29 septembe 2020.
Une école à Hong Kong (illustration), le 29 septembe 2020. (WANG SHEN / XINHUA)

C’est un précédent et un symbole : un enseignant vient d’être radié à vie de l’Éducation nationale à Hong Kong, juste pour avoir organisé un débat dans sa classe sur la liberté d’expression. L’affaire se passe dans une école primaire du quartier de Kowloon Tong. L’enseignant en question, dont l’identité n’a pas été dévoilée, a eu le malheur de faire visionner à ses élèves un documentaire où l’on entendait des propos d’un militant pro-démocratie, Andy Chan. Il a ensuite invité ses élèves à débattre du sujet de la liberté d’expression. Il semble même que les questions de l’indépendance de Taiwan, du Tibet et du Xinjiang aient été abordées dans la discussion. Autant de tabous inadmissibles pour les autorités de Hong Kong.

En vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, tout propos pouvant inciter à l’indépendance est désormais illégal. Le "Bureau de l’Éducation" a donc décidé d’exclure l’instituteur du système éducatif, et de signifier un blâme à cinq de ses collègues, dont le principal de l’établissement. La cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, en a même rajouté une couche en dénonçant  "les moutons noirs, les mauvaises graines" qui doivent être "éliminés du système éducatif ".  

Une radiation à vie pour un "mouton noir"

Cet enseignant n'a pas vraiment les moyens de se défendre. Le syndicat des enseignants a bien pris sa défense, en qualifiant cette décision "d’injuste et disproportionnée". Il fait valoir que l’enseignant en question n’a même pas été invité à s’expliquer oralement devant une sorte de jury et que par-dessus le marché, la nouvelle loi sur la sécurité nationale ne peut être invoquée pour le radier ; puisque les faits qui lui sont reprochés sont antérieurs à l’adoption de la loi au début de cet été, à la toute fin du mois de juin. Il y a bien une instance d’appel, que l’instituteur peut saisir. Mais la probabilité que cela aboutisse est très faible : cette décision vise de toute évidence à intimider l’ensemble du corps enseignant.   

Le formatage des esprits

Cette affaire le démontre : le processus de répression est bien en marche. Cette nouvelle loi sur la sécurité nationale, adoptée malgré des mois de manifestations monstres, permet au pouvoir de Hong Kong de réprimer sans hésiter. La censure va sans doute se développer et viser particulièrement l’éducation, mais aussi la justice ou les médias.

Il s’agit bien de formater les esprits à l’idée que l’indépendance de Hong Kong est non seulement illégale, mais tout bonnement inenvisageable, inconcevable, tabou. Dans le monde éducatif, il est désormais question de revoir les programmes, en particulier dans les sciences humaines, histoire, sociologie, etc. Certains livres ont déjà été retirés des bibliothèques scolaires et universitaires. Plusieurs enquêtes sont ouvertes contre des enseignants. Et on pourrait voir ressurgir l’idée, déjà avancée par le pouvoir il y a quelques années, d’imposer des cours d’éducation patriotique chinoise. Il est en train de se passer exactement ce que l’opposition redoutait : une restriction progressive de toutes les libertés.  

Une école à Hong Kong (illustration), le 29 septembe 2020.
Une école à Hong Kong (illustration), le 29 septembe 2020. (WANG SHEN / XINHUA)