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A contre-courant de l'Europe, l'Espagne semble s'apprêter à voter socialiste

Les élections législatives prévues dimanche 28 avril en Espagne pourraient voir la victoire du Parti socialiste et aussi la poussée de l'extrême droite.

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Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez pendant un meeting de campagne pour les législatives, le 25 avril 2019 à Barcelone.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez pendant un meeting de campagne pour les législatives, le 25 avril 2019 à Barcelone. (PAU BARRENA / AFP)

En football, on appellerait ça une remontada ! Quand le socialiste Pedro Sanchez est devenu Premier ministre il y a moins d’un an, en juin 2018, une partie de la presse espagnole l’avait surnommé "Pedro le bref" ! Façon de signifier que ça n’allait pas durer longtemps pour cet homme de 47 ans devenu chef du gouvernement un peu par accident, après la chute du Premier ministre de droite pour des affaires de corruption. Pedro Sanchez s’est retrouvé à la tête d’un gouvernement minoritaire, seulement 85 députés, 20% des suffrages. Mais un an plus tard, le voilà qui caracole en tête : le Parti socialiste espagnol pourrait obtenir plus de 30% des voix, avec 130 élus. Un événement en Europe, où les partis socialistes et sociaux-démocrates se cassent partout la figure. Et en plus, depuis un an, Pedro Sanchez a assumé une politique de gauche, là aussi plutôt rare: hausse de 22% du SMIC et création de 30 000 postes de fonctionnaires. De l’autre côté de l’échiquier politique, les deux partis de centre-droit et de droite, Ciudadanos et le Parti populaire devraient reculer, au profit de l’extrême droite. C’est l’autre événement attendu : l’irruption au Parlement de Vox, un mouvement qui se place dans l’héritage du franquisme. Sur fond de revendication nationaliste.  

L'indépendantisme catalan au coeur de la controverse

Il faut dire que cette question de la nation et de l’unité de l’Espagne est au cœur du débat politique chez nos voisins. C'est le sujet central : le risque d’une implosion de l’Espagne, menacée par les velléités indépendantistes de la Catalogne. Et cette question a agité l’essentiel des deux débats télévisés qui ont opposé les principaux leaders. Parce que Pedro Sanchez a un souci : même si son parti sort en tête, il devra probablement former une coalition pour pouvoir gouverner. Et il pourrait avoir besoin de l’appui de la douzaine de députés que devrait décrocher le parti catalan ERC, la gauche républicaine. Problème : plusieurs des dirigeants d’ERC, notamment son chef Oriol Junqueras, sont derrière les barreaux, depuis l’organisation du référendum de 2017 en Catalogne. L’opposition de droite a donc vivement attaqué Pedro Sanchez sur une question : allez-vous amnistier ces indépendantistes pour mieux former un gouvernement ? La réponse n’était pas claire. C’est un sujet ultra-sensible en Espagne, qui nourrit le nouveau venu d’extrême droite.  

Les violences conjugales dans le débat

L’autre sujet qui a dominé la campagne, ce sont les droits des femmes parce que là encore, Vox a tout bousculé. L’extrême droite dénonce, je cite, un "féminisme suprémaciste", et une obsession pour la défense des droits des femmes. Vous avez bien entendu. D’ailleurs, l’électorat de Vox est à 75% masculin. A l’inverse, Pedro Sanchez se pose en défenseur de la parité, il y avait d’ailleurs 11 femmes parmi ses 17 ministres. Et il entend inscrire dans la loi la nécessité d’un "consentement sexuel explicite". L’électorat féminin, qui semble le plus indécis, détient donc sans doute la clé du scrutin.     

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez pendant un meeting de campagne pour les législatives, le 25 avril 2019 à Barcelone.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez pendant un meeting de campagne pour les législatives, le 25 avril 2019 à Barcelone. (PAU BARRENA / AFP)