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Tout euro, tout éco. Ukraine : l’Europe sans visa

Depuis huit jours, les Ukrainiens peuvent séjourner en Europe sans avoir besoin de visa.

Article rédigé par franceinfo, Lise Jolly
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Kiev, 11 juin, artistes célébrant le régime sans visa avec l'Union, lors du festival "Europe sans frontières". (VLADIMIR SHTANKO / ANADOLU AGENCY)

Depuis huit jours, les Ukrainiens peuvent donc séjourner en Europe sans avoir besoin de visa. Les portes de l’espace Schengen leur sont ouvertes, mais sous conditions. Une ouverture symbolique qui, malgré la guerre qui dure encore, rapproche un peu plus Kiev de Bruxelles.

Il aura fallu des années d’attente, de report, d’embarras aussi de certains Européens devant l’hostilité de leur opinion publique. Souvenez-vous que deux Néerlandais sur trois avaient dit non à l’accord d’association Europe-Ukraine, lors d’un référendum avant que leur Sénat ne le ratifie. La Pologne, qui croule sous un million de réfugiés ukrainiens voire plus, la France et l’Allemagne étaient aussi réticentes.

Mais c’est fait, les citoyens ukrainiens peuvent donc se rendre sans visa dans les pays de la zone Schengen ainsi qu’en Islande, au Lichtenstein, en Norvège et en Suisse, pour une durée n'excédant pas 90 jours dans les six mois suivant leur première entrée. Mais l’Europe a aussi promis de refermer la porte en cas de multiplication des séjours illégaux ou pour des raisons de  sécurité.

L’Europe prudente

Les normes d’entrées sont draconiennes. Il faut un passeport biométrique que moins de 10 % des 45 millions d’Ukrainiens possèdent. Selon les pays, il faut aussi un billet de retour, une réservation d’hôtel, une invitation, une preuve d’assurance médicale ou d’un pécule de 45 euros par jour et par personne.

Le premier jour, des milliers de personnes se sont précipitées, mais avec un salaire moyen de 405 euros par mois, peu d’Ukrainiens pourront partir en vacances en Europe. Une Europe qui voit pourtant le tourisme ukrainien augmenter de 5 à 10 %. Mais qui ne parle pas du risque d’immigration illégale et de travail au noir qui est pourtant bien réel. Un sondage du mois d’août dernier montrait que les deux tiers des Ukrainiens aspiraient à s’installer à l’étranger.

D’ailleurs l’Irlande et la Grande-Bretagne n’ont pas ouvert leurs portes à l’Ukraine, la Pologne rechigne à le faire, contrairement à la République tchèque et son manque catastrophique de main-d’œuvre qui voudrait plutôt des visas de travail et emploie déjà beaucoup d’Ukrainiens. Au moment où l’Europe remet sur la table la directive sur le travail détaché, attention à ne pas rouvrir fractures et divergences au sein de l’Union.

 L’œil noir de la Russie

La Russie ne voit évidemment pas ça d’un bon œil. La situation historique de l’Ukraine est déjà compliquée puisqu’elle fut le berceau de la Russie en même temps qu’une partie de l’Empire austro-hongrois. On se souvient des manifestations d’Euromaïdan, fin 2013, après qu’Ianoukovitch a refusé de signer l’accord d’association avec l’Europe sous la pression de Moscou. On se souvient de l’annexion de la Crimée, de la perte du Donbass aux mains des rebelles pro-russes. Après trois années de guerre, rien n’est réglé là-bas, les accords de Minsk sont respectés, si on veut. Rien qu’au mois de juin, 14 militaires ukrainiens sont morts.

La Russie, via ses médias occidentaux, accuse déjà l’Europe de vouloir utiliser l’Ukraine pour ses ressources agricoles. Tandis que l’Ukraine bloque chez elle les réseaux sociaux russes, restreint la langue russe à la télévision et rappelle son désir d’adhérer à l’OTAN. Si pour les Ukrainiens le régime sans visa est un symbole fort d’appartenance à l’Europe, pour la Russie, il consomme aussi le divorce entre les deux pays.  

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