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Patrick Grainville : "J'écris pour écrire, c'est une pulsion"

Patrick Grainville, écrivain, prix Goncourt 1976 avec Les flamboyants, il a écrit de nombreux ouvrages sur la peinture et de romans. Il publie son 24e roman au Seuil, Bison et contrairement à beaucoup de ses ouvrages, ce ne sont pas des personnages imaginaires avec des aventures fantasmées, mais la vie d'un Américain qui a réellement existé : George Catlin.

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Au XIXe siècle, George Catlin était un avocat qui a tout abandonné pour devenir le peintre des indiens d'Amérique. Il a peint systématiquement les tribus indiennes de 1821 à 1860, quand la photographie n'existait pas encore. Un témoignage unique.

George Sand et Baudelaire avaient une grande admiration pour George Catlin, tout comme Patrick Grainville. "Je n'aurai pas écrit un livre sur Catlin sans être totalement admiratif. Il rompt avec son milieu puritain, anti indien et se jette dans la gueule du loup. Les indiens sont très gentils et lui foute la paix et le laisse peindre. C'est le premier type qui a le culot d'aller peindre les indiens pour témoigner de leur vie, mais parce qu'il veut vivre comme eux, parce qu'il s'ennuie chez lui. "

La peinture

Comme Gainsbourg qui se définissait comme un peintre contrarié, on pourrait dire que Grainville est un peintre contrarié. Quand il était enfant, en Normandie, c'était sa grande passion. Il avait même un talent certain, qui fait qu'on l'a présenté à des connaisseurs venus de Paris.

"J'adorais peindre les bateaux avec leurs voilures énormes parce que mes désirs étaient immenses. Un beau jour, mon instituteur a contacté un critique d'art du Figaro. Ce critique m'a emmené au pied de l'église de Cricquebœuf et m'a dit de peindre l'étang et l'église. Je n'avais jamais peint un étang et une église. Je me suis énervé et couvert de peinture. A la fin de la journée, le critique et sa femme m'ont vu et ont ri à ma figure et m'ont décapé à l'eau de javel, tellement récuré que c'en était fini de la peinture. "

Après le Goncourt

Il a écrit son premier roman (non publié), De vieux adolescents , l'année du bac. Il a eu le Goncourt à seulement 29 ans, mais cela n'a rien changé pour lui et ne lui a pas fait prendre la grosse tête.

"Quand vous êtes jeunes tout vous semble naturel et du. J'avais des problèmes de jeune homme et j'entrais dans la vie et il me semblait plus important de démêler tout cela. Je suis retourné au lycée comme si de rien n'était. J'avais un métier de professeur et on n'accordait pas des congés comme cela, sous prétexte que. "

Alors qu'il aurait pu arrêter son métier de professeur, Patrick Grainville a préféré continuer. "J'avais besoin d'un ancrage dans le réel, d'un rapport avec des choses concrètes. J'avais peur d'être en face à face avec mon roman. Je me serai ennuyé. J'aimais le rapport avec les adolescents, c'était sympa, vivant et j'aimais le spectacle. "

L'écriture

Patrick Grainville est un boulimique d'écriture : 24 romans, une trentaine de livres d'art, des livres pour la jeunesse... "J'écris d'abord pour écrire. J'écris parce que c'est une pulsion, j'ai des choses à vivre, à rêver, il faut que je mette en scène une histoire, j'ai un sujet qui m'obsède et ensuite je le propose à l'éditeur. Quand je le propose, je me bagarre et parfois je cède. "

En 2006, le livre La main blessée est en partie autobiographique : il ne peut plus écrire. Il a un problème avec la main et dit avoir fréquenté régulièrement ostéopathes, psychologues, rebouteux, et marabouts.

"J'ai souffert d'une crampe d'écrivain qui m'empêchait d'écrire. Cela a été un drame terrible. Je ne pouvais plus écrire. On m'a proposé une kyrielle de guérisseurs invraisemblables. J'ai recouru à l'ordinateur pour échapper à ce problème. "

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