"70% des Français comptent partir cet été, c'est considérable, l'été au fond, c'est l'amour, la mer et la famille", estime Jean Viard

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C'est le dernier rendez-vous de "Question de société" de la saison avant la pause estivale. Est-ce que les Français vont beaucoup partir en vacances cet été, et plus que d'habitude ?

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Radio France
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Fauteuils roses, serviettes de bain, glacière et bouée dauphin sur le sable... L'été enfin, la mer à 3h de chez soi en moyenne, la famille, le soleil et l'amour. C'est la grande transhumance estivale. (Illustration) (JP AMET / MAXPPP)

Le sociologue Jean Viard évoque aujourd'hui dans Question de société, ce désir qu'ont les Français particulièrement cet été, de prendre une vraie pause estivale. Peut-être plus que d'habitude explique Jean Viard. 

franceinfo : On a le sentiment qu'il est grand temps pour tout le monde de se mettre au vert, les Français semblent partir beaucoup plus cet été ? 

Jean Viard : Alors oui, c'est ce qu'ils déclarent aujourd'hui. Avec la pandémie qui remonte, 70% des Français ont dit qu'ils comptaient partir en vacances. C'est énorme parce que souvent on est à 50% l'été. La raison est très simple c'est effectivement qu'on n'a pas pu sortir pendant deux ans, et on a une envie de s'aérer, de sortir, de circuler dans la mer, de voir la nature et peut être même de franchir une petite frontière. Il y a un désir de liberté qui est extrêmement fort. 

La deuxième chose, c'est qu'il y a aussi beaucoup de gens qui ont fait des économies pendant la pandémie. Il faut relativiser les effets de l'inflation et de la crise économique fortement médiatisée. Il est clair aussi que les 70% de Français qui vont partir nous désignent les 30% qui ne partiront pas, en grande partie pour des raisons économiques. Et c'est effectivement eux qui sont concernés directement par l'inflation, notamment sur les produits alimentaires.

Il faut bien voir ces deux France. Ça nous désigne aussi une France de la joie de vivre, une France qui va assez bien. Comme sociologue, je ne reconnais pas la France qu'on me décrit souvent parce que moi je vois un pays qui pour l'essentiel fonctionne, avec des poches de pauvreté, il faut le dire chaque fois, mais ce n'est pas la société qui s'effondre, et ce chiffre de 70% le dit clairement. 

Comment est-ce que vous expliquez cette forme de priorisation pour les vacances dans le budget des Français ? 

D'abord, ce n'est pas que chez les Français. On dit les Français prennent plus de vacances que d'autres. Oui, c'est vrai par rapport à la société américains où les vacances sont pas institutionnalisées de la même manière, mais en Europe, les gens partent beaucoup, les Danois, les Allemands, les Anglais. Ils descendent énormément, y compris parce qu'ils cherchent le soleil. Les vacances, cela a rassemblé tous les grands moments festifs des sociétés d'avant. On a inventé des choses nouvelles : aller vers la mer, aller vers l'eau, aller vers la neige. Et puis on a récupéré les processions, les fêtes.

Toutes les sociétés avaient des fêtes. Au fond, on a tout transformé en une culture construite dans les vacances. Le meilleur exemple, c'est Paris-Plage. 400 000 personnes, dont la moitié ne partiront pas de Paris de tout l'été. On a petit à petit fait des vacances le nouveau code social de nos relations, pour une raison très simple, c'est qu'aujourd'hui on travaille en moyenne 70.000 heures sur une vie, et on vit 700.000 heures. Donc, on travaille 10% de sa vie en temps. Et donc, on a énormément de temps à côté, pour avoir du lien social, pour voyager, pour se cultiver, pour s'aimer, pour faire l'amour. On fait deux fois plus l'amour que nos parents, nos grands-parents.

Et puis surtout, on est un pays où tout le monde à la mer à 3h de chez lui. Le territoire national, non seulement est magnifique, mais on a tous la mer pas loin. Le Marseillais va rarement en Bretagne. Le type de Dunkerque, il va aller rarement sur la Côte d'Azur. En fait, les vacances, c'est effectivement des gens qui reviennent dans leur région d'origine souvent, notamment les Parisiens, ou qui sont autour de chez eux. Ça relativise un peu le phénomène. C'est une transhumance. On va souvent au même endroit. 50% des gens se baignent toujours sur la même plage. Et puis l'été s'ouvre avec le Tour de France et le Tour de France lance la période des vacances, pas pour les malheureux qui pédalent, pour nous qui regardons.

Mais sur le fond, l'été, c'est l'amour, la mer et la famille. Et 70% des gens partent en vacances dans leur famille. Il ne faut pas croire que tout le monde va à l'hôtel. C'est d'abord de l'intra familial. On va voir ses parents, ses cousins, ses frères, etc. C'est ça le phénomène de fond. Et puis la mer, le soleil, bien sûr. 

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