Cet article date de plus d'onze ans.

Quel enseignement supérieur proposent les finalistes de la Présidentielle ?

Hier nous avons parlé des enjeux de la Présidentielle pour l’école. Aujourd'hui, l'enseignement supérieur.
Article rédigé par Emmanuel Davidenkoff
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
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Le script de la chronique :

Il vous a
fallu creuser dans les programmes…

Oui. Car ce n’est clairement pas une priorité des
candidats. Pourtant les enjeux sont considérables.

La surprise
est venue de Nicolas Sarkozy…

Oui. Il a été quasiment muet sur le sujet, alors même
que droite a passé des mois à se féliciter publiquement de la réforme menée dès
2007 sous la houlette de Valérie Pécresse. Cette loi LRU, Liberté et
responsabilité des universités qui était censée hisser l’université française
dans les premiers rangs des classements mondiaux.

Et
pourtant, silence radio.

D’autant plus étonnant qu’il n’’y a pas seulement eu
la loi LRU, il y a aussi eu le grand emprunt : 22 des 35 milliards ont été
promis à l’université, effort sans précédent. On peut ajouter le plan réussir
en licence , le 10e mois de bourse, il y avait un bilan à défendre.

Un bilan
que fait débat. Nicolas Sarkozy a eu peur de ses détracteurs ?

Ce qui est clair, c’est qu’entre les promesses et la
réalité il y a un décalage. Si vous prenez le grand emprunt, en fait les
équipes ne touchent pas les sommes promises mais les intérêts produits par les
sommes en question. Si vous prenez l’autonomie : elle a aussi abouti à ce
que certaines universités soient mises sous tutelle car elles n’avaient pas pu
ou pas su gérer les nouvelles contraintes budgétaires. Si vous prenez les
bourses, ce qui a le plus augmenté ce sont les bourses dites de l’échelon zéro,
qui ne donnent droit qu’à exonération des frais de scolarité. On ne peut pas
plus nier ces problèmes que nier le fait que l’Etat n’avait jamais autant
investi dans ses universités que depuis 2007. Il est très étrange que le
candidat Nicolas Sarkozy soit resté quasi muet sur ce sujet et qu’il n’ait pas
dessiné la suite de l’histoire.

Beaucoup
d’enseignants-chercheurs ont aussi dénoncé la montée de la concurrence…

Oui. Il y a eu plus d’argent mais pas pour tout le
monde. Il fallait monter des dossiers, les défendre. Mais ces évolutions
auraient pu faire débat. Il n’y en a pas eu.

Et François
Hollande ?

François Hollande parle de l’université par ricochet
quand il parle de la jeunesse. Mais il n’y a eu qu’un discours sur enseignement
supérieur et recherche et le sujet ne revient pas en dehors. Il faut dire qu’il
ne propose pas de révolution. Il reprend essentiellement à son compte les
critiques des excès de la loi LRU, promet une nouvelle loi par la voix de
Vincent Peillon. Pour le reste, les promesses sont finalement assez proches des
priorités déjà identifiées par le ministère de l’enseignement supérieur :
l’échec en premier cycle, les conditions de vie étudiante, le statut des
doctorants, les passerelles avec les grandes écoles…

En somme il dit évidemment l’importance de la
recherche et de l’innovation, mais ce n’est pas ce qui structure sa vision du
monde et de la société.

C’est
finalement comme en matière d’éducation : des évolutions, pas de
révolution…

Oui. Et l’enseignement supérieur et ses enjeux
réduits à la question de l’université, qui est évidemment centrale – c’est à
l’université qu’on trouve la majorité des étudiants. Mais chacun fait comme si
elle n’était pas en concurrence avec les classes préparatoires, les écoles de
commerce et d’ingénieurs, les écoles d’art, les BTS et bien d’autres filières.-+
Et comme si toutes ces filières qui sont pour partie publiques mais aussi
consulaires ou privées, ne participaient pas à l’effort de qualification, de
recherche, d’innovation. C’est un peu une lecture hémiplégique de ce qui se
passe après le baccalauréat.

Est-ce
qu’on ne retrouve pas ici beaucoup de calcul électoral de part et
d’autres ?

Probablement. On se souvient du long mouvement de
grève dans les universités contre la loi LRU et d’autres réformes – notamment
la mastérisation. Il y avait eu à ce moment un divorce profond entre Nicolas
Sarkozy et la communauté des enseignants-chercheurs, notamment quand le
président de la République avait brocardé « ces chercheurs qui ne trouvent
jamais » ou expliqué que lire la Princesse de Clèves ça ne sert à rien. François
Hollande a lui le soutien de ce mouvement et n’a pas intérêt à le démobiliser
en avançant des propositions qui pourraient faire polémique.

Reste ce quasi silence des candidats sur le sujet
alors même que toutes les études internationales prouvent qu’il y a un lien
direct entre d’une part le niveau de formation et la capacité de recherche et
d’innovation d’un pays et d’autre part sa santé économique. C’est une donc façon
efficace de lutter contre la crise, mais il est vrai que cela induit une vision
à moyen ou long terme.

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