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On ne pouvait pas le rater. Mort de Juliette Gréco : sous le ciel de Paris coule la peine

La chanteuse Juliette Greco s'est éteinte mercredi à l'age de 93 ans. Les plus grands auteurs ont écrit pour celle qui était la muse de Saint-Germain-des-Prés. Olivia Leray nous livre sa peine.

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Juliette Greco au Printemps de Bourges, le 24 avril 1995.
Juliette Greco au Printemps de Bourges, le 24 avril 1995. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Une peine rouge écarlate, une peine enfermée, une peine qu’on restreint, une peine même pas libre. Et je ne parle pas encore de Juliette Greco... Hier, il était en train de pleuvoir, Olivier Veran parlait, annonçait, interdisait, il pleuvait encore, et je me suis dit "Tiens, quand même, c’est moche le mois de février au mois de septembre !"

Juliette Gréco, la liberté et les mots

Et alors qu'on nous parle d’interdiction ou de tenue républicaine, Juliette Gréco est morte. Comme j'aurais aimé être de ton temps Juliette, comme j'aurais aimé pouvoir chanter : "Déshabillez-moi. Mais pas trop vite". J'aurais aimé pouvoir dire : "J’ai choisi d'aimer qui je veux quand je veux." J’aurais aimé qu’on m'aime pour mes "amitiés fulgurantes", comme la tienne avec Françoise Sagan. J’aurais aimé être l'égérie des dimanches de dépression d’Aznavour, la Jolie Môme de Léo Ferré, La Javanaise de Gainsbourg. J’aurais aimé, comme tu disais, avoir ce "physique incertain" des gens des îles, ceux traversés par tant de choses. J’aurais aimé avoir ton air mutin, ta liberté, tes mots. Parce que c’est ça qu’il reste au final : quand on a franchement l'impression que tout le monde se barre avant que ça tourne au vinaigre, il reste les mots…


Ta dernière tournée, c’était en 2015, Juliette. Tu avais peur de perdre ta voix. Mais quand RTL te demandait si tu avais peur d’oublier tes chansons tu répondais : "Jamais : Ce sont mes meilleures copines." Alors il y a encore une fois la une de Libération, d’une classe inimaginable : Gréco s’habille, elle est de dos, on ne distingue que son carré noir et la façon dont elle remonte sa robe, noire aussi, pour n’aveugler personne. Quelle classe. Quel pied Juliette !

Juliette Greco au Printemps de Bourges, le 24 avril 1995.
Juliette Greco au Printemps de Bourges, le 24 avril 1995. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)