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Nouveau monde. Le difficile blocage des sites porno pour les mineurs

Comment interdire leur usage pour les enfants sans entraver la liberté d’accès des adultes ?

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Un site interdit aux moins de 18 ans sur un écran. Photo d\'illustration.
Un site interdit aux moins de 18 ans sur un écran. Photo d'illustration. (TURPIN PHILIPPE / MAXPPP)

L’Assemblée et le Sénat viennent d’adopter une disposition visant à renforcer les conditions d’accès aux sites pornographiques, afin de protéger les mineurs au nom de la lutte contre les violences conjugales.

Cela rappelle un peu les batailles homériques contre le piratage de musique et de films. Les sites pornographiques sont un hydre numérique difficile à maîtriser. Sauf qu’en plus, il s’agit là de bloquer les connexions pour les uns, les mineurs, sans en interdire l’accès aux autres, les adultes. Pour les élus, la solution est évidente : il suffit que les sites obligent les utilisateurs à justifier de leur âge à l’aide d’un élément d’identité. Aujourd’hui, il suffit d’un simple clic, totalement symbolique, pour confirmer que l’on est majeur, avant de pouvoir accéder à des contenus pornographiques gratuits. Si le texte voté est promulgué en l’état, il faudra justifier de son âge en utilisant une carte bancaire ou bien en passant par le système FranceConnect, c'est-à-dire le même que celui qui sert à se connecter au site des impôts ou de l’assurance maladie. Pas sûr que cela inspire beaucoup d’internautes…

Le CSA à la manœuvre

L’amendement voté dans la nuit de mardi à mercredi par les sénateurs prévoit d’octroyer au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) le pouvoir de faire la police et de saisir la justice si des sites refusent de se plier à la future règlementation. Le problème, c’est que ces sites sont souvent situés à l’étranger et se moquent pas mal des lois françaises. Alors, dans le cas où certains sites ne respecteraient pas les obligations, la justice pourra demander aux fournisseurs d’accès français de couper l’accès à ces sites (c’est le même dispositif que pour lutter contre les jeux d’argent illégaux) et/ou aux moteurs de recherche de les déréférencer. Voilà qui rappelle, une fois encore, les plus belles heures de la lutte contre le piratage qui avait conduit à l’instauration de la loi Hadopi (2009).

Des moyens de contournement

Est-ce la solution miracle ? Certainement pas. Techniquement, il sera toujours possible de contourner les interdictions en utilisant un VPN (Virtual private network), un service qui permet de dissimuler le pays d’où on se connecte et les sites que l’on consulte.

La lutte contre l’exposition des mineurs aux sites pornographiques est un combat ancien. Des initiatives ont déjà eu lieu, en France, en 2005 et 2007 mais sans succès. En Grande-Bretagne, il a été question de mettre en place un système obligeant les internautes à prouver leur âge en se rendant chez un marchand de journaux avec une pièce d’identité. Mais le projet de loi a été abandonné.

Pour les parents, il reste la solution, imparfaite mais minimale, consistant à régler les paramètres de sécurité des moteurs de recherche et des navigateurs, voire à utiliser un moteur spécial comme Qwant Junior, ou/et à installer un logiciel de contrôle parental, comme on en trouve sur les sites des fournisseurs d’accès.

Un site interdit aux moins de 18 ans sur un écran. Photo d\'illustration.
Un site interdit aux moins de 18 ans sur un écran. Photo d'illustration. (TURPIN PHILIPPE / MAXPPP)