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Nouveau monde. Géolocalisation ou analyse des interactions ? Comment la tech va nous aider à sortir de la crise du coronavirus

La technologie est de plus en plus appelée à la rescousse contre l’épidémie du Covid-19. Vendredi 3 avril, Google rend public des données de géolocalisation pour "aider les pouvoirs publics". De son côté, le gouvernement cherche la meilleure appli possible pour gérer l’après-crise.

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Selon Google, les données de géolocalisation peuvent aider les pouvoirs publics à prévoir les besoins éventuels, par région, en alimentation, livraison, transports, etc.
Selon Google, les données de géolocalisation peuvent aider les pouvoirs publics à prévoir les besoins éventuels, par région, en alimentation, livraison, transports, etc. (Victor Vasseur/Radio France)

A compter du vendredi 3 avril, Google propose des informations sur les flux de population dans 131 pays, région par région. Il s’agit de données assez fines qui permettent d’observer les variations de fréquentations dans les épiceries, les pharmacies, les parcs, les stations de transport en commun, etc, et qui pourraient se révéler très utiles en période de confinement.

Un exemple : nous avons téléchargé le document pour la France et examiné le cas de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il en ressort – sans surprise – que la fréquentation des épiceries et pharmacies a diminué de 68% par rapport à la normale, celle des stations de transports en commun de 85%, etc. Selon Google, ces données peuvent aider les pouvoirs publics à prévoir les besoins éventuels, selon les secteurs et les régions, en alimentation, livraison, transports, etc.

Géolocalisation

D’où viennent ces données ? De l’analyse des informations de localisation des possesseurs de smartphones utilisant les services Google. Si vous avez activé la géolocalisation sur Google Maps, l’historique de vos positions est pris en compte. Cependant, Google précise que ces données sont anonymisées, donc non nominatives, et agrégées. En plus, il ne s’agit pas de chiffres "nets" mais uniquement de variations permettant d’indiquer des tendances. Si vous le souhaitez, vous pouvez désactiver la géolocalisation (mais vous perdrez certains services…).

Tout cela n’est pas nouveau. N’empêche, c’est révélateur de la masse d’informations que Google possède sur nous et de leur degré de précision. Ces données sont encore plus précises que celles récemment transmises aux pouvoir publics par l’opérateur mobile Orange qui ne s’appuyaient que sur le bornage des antennes-relais.

Quelle application pour sortir de la crise ?

Dans un second temps, se posera la question de la technologie qu’il sera probablement nécessaire de mettre en œuvre pour sortir du confinement en évitant une reprise de l’épidémie. Le Gouvernement réfléchit à une application. Mais laquelle ? La grande question est de savoir s’il faut suivre l’historique des déplacements, ce qui est très intrusif, ou se contenter d’exploiter les interactions entre les gens, ce qui permet de mieux respecter la vie privée ?

Le suivi des historiques de déplacements individuels (backtracking) se pratique en Chine ou en Corée du sud. Cela consiste à surveiller les smartphones via le GPS (très précis) ou par bornage des antennes-relais (moins précis) afin de savoir où l’on va et où on est allés. Mais, comme le dit le commissaire européen Thierry Breton, ce n’est "pas dans notre culture". En plus, c’est probablement illégal en France, sauf évolution de la législation. Une solution pourrait être de garantir l’anonymat par un chiffrement complet des données. Certaines solutions techniques de ce genre sont à l’étude, notamment au MIT (Massachussetts Institut of Technology, mais il semble peu probable qu'on les utilise en France.

Analyse des interactions grâce au Bluetooth

L’autre option, vers laquelle semble se diriger le Gouvernement, porte sur le suivi des interactions entre les personnes (contact tracing), comme cela se fait à Singapour et peut-être prochainement en Allemagne. Techniquement, cela consiste à utiliser le Bluetooth des téléphones mobiles pour détecter si des personnes infectées croisent ou ont croisé des personnes saines. Lorsque l’on se trouve dans un lieu, le smartphone détecte les autres smartphones alentour et compare les informations en sa possession. Cela permet d’envoyer immédiatement aux uns et aux autres des consignes du genre "n’allez pas à tel ou tel endroit parce qu’il y a des personnes à risques". Cette méthode, à priori, garantit mieux la vie privée.

Dans tous les cas, ces solutions pour être efficaces, devront pouvoir s’appuyer sur des tests à grande échelle ou, au moins, des questionnaires de santé, remplis avec honnêteté par les citoyens.

Selon Google, les données de géolocalisation peuvent aider les pouvoirs publics à prévoir les besoins éventuels, par région, en alimentation, livraison, transports, etc.
Selon Google, les données de géolocalisation peuvent aider les pouvoirs publics à prévoir les besoins éventuels, par région, en alimentation, livraison, transports, etc. (Victor Vasseur/Radio France)