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Mama Culpa : notre mère est-elle responsable de nos échecs ?

Pourquoi lorsque nous ou nos enfants avons des problèmes, des difficultés relationnelles, des échecs, nous avons tendance à  en rendre les mères responsables ? C'est tout de même étrange. Pourquoi nous leur en voulons-nous autant ?
Article rédigé par France Info
Radio France
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Depuis des siècles c'est sur elle que repose la
responsabilité des difficultés humaines. Pour plusieurs raisons d'ordre
différents : psychanalytiques, sociales et culturelles. Les mères sont
notre premier lien, la première personne la plus proche de nous, celle qui nous
a porté pendant 9 mois. Sa présence est prégnante durant notre enfance. Or,
lorsque nous sommes confrontés à des difficultés comme une dépression, nous
espérons pouvoir trouver une solution en trouvant une raison, une cause à nos
malheurs.

La psychanalyste Virginie Megglé souligne qu'en cherchant l'origine,
nous trouvons... notre mère ; "Celle, dit –elle, qui est au début
de tout"
. Seulement, voilà, nous confondons l'origine et la
cause.  Derrière cette confusion se
cache, pour la psychanalyste, le désir inconscient de rester  un enfant dépendant de notre mère. Bref, le
désir de ne pas couper complètement le cordon. Si c'est la faute de Maman,
c'est qu'il y a encore une part d'elle en moi, elle n'est pas loin. C'est moins
difficile que de couper le cordon et de se poser la question des vraies raisons
de notre mal-être, y compris celle de notre propre responsabilité. C'est une
manière de nous fuir. Jean-Paul Sartre disait : "l'homme qui se
croit déterminé fuit sa propre responsabilité"
.

Il faut bien dire que c'est un  peu lourd de faire porter tous les malheurs
sur le dos des seules mères. Il faut bien être deux pour avoir un enfant.
Lorsque l'on fait porter la responsabilité des problèmes par les mères, on
oublie simplement qu'elles ne sont pas seules à faire les enfants !
Et  que le père joue pleinement son rôle
dans la construction du psychisme d'un enfant, qu'on le veuille ou non, même
s'il n'est pas très présent ou peu participant à l'éducation. Ce qui ne veut
pas dire, bien sûr, que présent ou absent, c'est pareil. Et puis, au-delà du
père, il y a tout le reste : la société, les conditions de vie, le reste
de la famille, l'histoire personnelle du père et de la mère.

Historiquement, ce
sont les mères qui ont été chargées des responsabilités éducatives.

C'est donc
spontanément vers elles que l'on se tourne et cette image de responsabilité ne
s'est pas arrangée au 19ème siècle avec l'apparition des théories freudiennes
et des mères castratrices. En réalité, notre éducation, notre culture nous
donne l'image d'une mère surpuissante, ce qui est sociologiquement faux. Yvonne
Kniebhiler, l'historienne, remet les choses en perspective : "Cette faute
des mères, dit-elle, est celle de toute une collectivité".

La diffusion des idées de Françoise Dolto ne serait pas pour
quelque chose dans cette culpabilisation des mères. La diffusion plus ou moins
bien faite, en effet. La tendance de faire porter la culpabilité sur les mères,
et celle des mères à l'endosser s'est probablement accentuée dans les années
70, au cours de ce que Brigitte Allain-Dupré appelle la "culture de
l'éducation des mères"
, c'est à dire le désir des mères d'être
parfaites, de vouloir savoir bien faire en suivant tous les conseils possibles
et de se conformer à un discours pas toujours bien compris.

Or, il n'y a pas de modèle unique, de mode d'emploi pour être mère.  Malheureusement, c'était plus facile, lors,
de le faire porter la responsabilité des échecs. Je vous donne deux exemples
particulièrement lourds : l'anorexie, il a longtemps été dit que
l'anorexie serait due à un trouble de la relation entre la mère et la fille.
Or, on sait aujourd'hui que c'est beaucoup plus complexe que cela. Autre grave
problème de santé mentale où les mères ont été désignées comme les grandes
fautives, c'est l'autisme, ce qui donné lieu à des situations terribles. Or,
les pistes aujourd'hui s'orientent vers des causes multifactorielles, dont des
causes génétiques. Alors, arrêtons de taper sur les mères, et voyons-les pour
ce qu'elles sont : des êtres humains comme les autres. Et rappelons-nous
que s'est en étant mère qu'on le devient... pas à pas, et en faisant des
erreurs.

 

Un article signé Anne-Laure Gannac à retrouver dans
Psychologies Magazine.A sortir le 2 mai, un livre de plusieurs auteurs dont Yvonne
Kniebhieler : "Questions pour les mères", chez Erès.

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