Le zoom culture, France info

"Proust contre Cocteau", chez Grasset

Proust contre Cocteau, de Claude Arnaud, publié chez Grasset est un livre très important pour tous ceux qui s'intéressent non seulement à la littérature, mais au sport préféré du genre humain, la jalousie.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
(©)

La Jalousie, sport national dans notre beau pays, la France,
où l'on adore scruter et dénigrer ce que fait le voisin, surtout quand on
l'envie. C'est ainsi qu'il s'est dans l'histoire d'étranges couples mus par la
fascination-répulsion, Fillon et Sarkozy, par exemple, ou, symétriquement, à
gauche, Valls contre Duflot. Cela a pu être, à une autre époque, Mozart contre
Salieri, Pompée contre Auguste. Les écrivains ne sont pas en reste :
Sainte Beuve/Victor Hugo, Anatole France/Aragon.

Dans les années 1910, l'un de ces couples d'écrivains en
rivalité folle fut formé par Proust et Cocteau. Un livre nous le raconte,
court, vif, incisif comme un duel. Un duel opposant deux phares de la
littérature, deux "divas de l'encrier ", comme l'écrivait Marc
Lambron dans Le Point . D'un côté, l'auteur écrasant de la recherche du temps
perdu, de l'autre, le multi médiatique Cocteau, aussi poète que cinéaste, aussi
homme de théâtre que dessinateur, si énervant à force d'avoir du talent,
d'avoir des talents.

C'est le récit d'un amour entre deux figures qui s'admirent,
et c'est l'histoire d'une vengeance du destin. Quand ils se rencontrent, Proust
et Coteau, c'est devant Cocteau que s'ouvrent toutes les portes. Or, quand
Proust meurt, il reste encore 40 ans à vivre à Cocteau, qui va assister
impuissant au sacre posthume de Proust qui va entrer, comme on le sait, de
manière définitive au panthéon des lettres. Un vrai supplice !

Tout les oppose

L'âge, Proust à 40 ans, Cocteau 20. Cocteau a la beauté,
c'est est une sorte de " page ", superbe, d'une drôlerie irrésistible " à faire pleurer un marbre ", dit-on à l'époque. Il sait tout faire,
c'est une comète. Alors que Proust, c'est une grosse planète, c'est même un
univers, qui va enfanter une sorte de big bang littéraire, la Recherche du
temps perdu, œuvre colossale au retentissement énorme. Mais Proust est un homme
à l'humeur changeante, pas drôle, honteux. Même le style les oppose. Proust
écrit dans la longueur, Cocteau, dans l'économie.

Mais ce sont aussi deux hommes aussi que tout réunit :
homosexuels tous les deux, archi sensibles tous les deux, mondains tous les
deux, et dans les mêmes quartiers.

Proust admire Cocteau

C'est un peu comme dans la fable du Lièvre et de la tortue :
Cocteau s'est fait connaître dès l'avant-guerre par sa poésie, il collabore
avec des musiciens et chorégraphes, avec une aisance folle. Proust, lui,
souffre en écrivain, il publie difficilement. Cocteau sait tout faire, Proust
n'est l'auteur que d'une seule œuvre, considérable, certes, mais au départ,
personne ne le voit, malgré le Goncourt de 1917.

Mais les choses vont se retourner. A la mort de Proust,
c'est ce dernier qui devient une icône et c'est même Cocteau qui va chercher le
grand Man Ray pour photographier la dépouille de Proust. Pourtant, dans son
journal, Cocteau accuse Proust de ne pas être un vrai romancier. Un homme
honteux, qui a réglé ses comptes dans un livre immense. Un tueur, écrit Claude
Arnaud.

Avantage à Cocteau

Claude Arnaud est son biographe, et a choisi son camp. Mais
n'a t-il pas au fond raison de comparer Proust à un assassin : pas parce
qu'il a détruit par la littérature les gens du monde qui l'avaient boudé, mais
parce qu'il a mis la barre si haut que désormais pour bien des critiques, un
écrivain se doit presque de mourir avec son livre dans la solitude ?

(©)