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"Le retour d’un roi", la défaite des Anglais en Afghanistan

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William Dalrymple est un auteur totalement atypique, une sorte de bourlingueur classe, membre de tous les clubs les plus chics d’Angleterre, doublé d’un dénicheur d’histoires sans pareil.
Article rédigé par
Radio France
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 (© éditions Noir sur blanc)

Ce grand connaisseur de l’Inde, où il vit une partie de l’année, a choisi de nous embarquer vers un autre pays, non moins mythique, l’Afghanistan. Ce n’est pas l’Afghanistan des talibans ou de Massoud mais l’Afghanistan du XIXe siècle, au printemps 1839 exactement, à l’époque où les britanniques envahissent le pays avec 18.000 soldats, franchissent les cols vertigineux sans rencontrer vraiment de résistance, jusqu’à ce que le peuple afghan lance le signal de la révolte. Les britanniques vont connaître la plus grande humiliation militaire de leur histoire coloniale. Une sorte de Vietnam tribal sur fond de djihad qui va les laisser totalement traumatisés.

Trois ans seulement après être entré dans le pays avec 18.000 soldats, l’armée anglaise va se retrouver avec un seul homme pour témoigner, le Dr William Brydon, un assistant chirurgien qui va rallier Djalalabad à cheval après la capture ou le massacre du reste de l’armée à la bataille de Gandamak. Totalement déshydraté, il va se présenter aux portes de la ville qui est encore sous contrôle anglais où il est enfin recueilli. Horrifié par le récit de Brydon les Anglais hésiteront longtemps avant de réattaquer l'Afghanistan.

Au cœur du conflit

Ce livre est plein d’images, de cartes, de gravures qui nous montrent ce qu’était ce pays hallucinant, où l’on plonge littéralement. Dalrymple a mis la main sur 11 témoignages inédits côté afghan. Il nous fait part aussi du témoignage d’une lady britannique qui a été capturée par les afghans à l’issue d’une bataille et qui a rédigé l’un des plus incroyables récits de captivité en Afghanistan. On est au cœur des intérêts anglais et russes, ce qu’on a appelé le Grand Jeu, on suit toutes mes manœuvres des britanniques pour remplacer tel roi un peu dur par un autre jugé plus conforme à leurs intérêts, on est au bazar de Kaboul mis à feu par une armée surnommée l’armée du châtiment, et on voit, de l’autre côté, côté afghan, on est plongé dans l’ambiance des clans, comment se construit l’image des occidentaux dans la société afghane, comment les afghans ne vont plus supporter cette occupation et comment, un jour, monte dans le ciel afghan l’appel au djihad qui va précipiter la révolte de cette grande armée.

Un parallèle troublant

Il y a de similitudes entre ces guerres du XIXe siècle et ce qui s’est passé récemment en Afghanistan après le 11 septembre. L’endroit où est basée l’armée britannique à coté de Kaboul est le même endroit où l’OTAN va s’installer, les chefs afghans qui lancent la révolte se drapent dans les mêmes arguments djihadistes, Mollah Omar vient de la même ethnie que l’ennemi des anglais à cette époque là, et Hamid Karzaï de la même ethnie que le roi que veulent installer les britanniques. On a l’impression de voir l’histoire qu’on a connue se jouer exactement de la même façon 170 ans avant, avec les mêmes erreurs faites par les occidentaux.

Le Retour d’un roi , de William Dalrymple, traduit de l’anglais par Bruno Boudard, est publié aux éditions Noir sur blanc.

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