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"Après la guerre", d'Hervé Le Corre

Aujourd'hui du sang, et même du sang neuf avec une nouvelle vague française qui cartonne dans le monde du polar. Après la guerre, d'Hervé Le Corre, chez Rivages, est un polar made in France qui n'a rien à envier aux Américains ou aux Suédois.

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Ce polar vient de remporter le prix Le Point du Polar européen. Le Point consacre d'ailleurs un dossier spécial au polar cette semaine, 24 pages.

On est à Bordeaux, après la guerre de 39-45 , dans un climat brumeux, comme rempli des fantômes des gens raflés et torturés pendant l'occupation. Après la guerre, mais en fait encore la guerre, parce qu'on en est à peine sorti que cela recommence : la guerre d'Algérie, et puis une autre guerre, une guerre totale, celle que vont se livrer un rescapé des camps de la mort et un flic pourri jusqu'à l'os , le commissaire Darlac, qui a collaboré avec l'occupant avant de se mettre en cheville avec les truands. Une ordure qui à elle seule mérite qu'on se plonge dans Après la guerre .

C'est dans une scène choc que l'on fait la connaissance de Darlac, qui s'en prend à un pauvre type avant de le dessouder dans un terrain vague et d'effectuer une descente musclée dans un hôtel miteux de bordeaux. Cela sent le sang et la sueur, ça suinte de violence, il y a des dialogues ciselés, c'est impitoyable , et on ne peut plus s'en décoller. On sent qu'il a peur, on sent qu'il se trame quelque chose de très louche, que le passé est en train de ressurgir et que ça va déborder, et brusquement, changement de scène, changement de personnage, on est avec Daniel, un jeune gars de 20 ans, au fond d'un garage, qui s'apprête à partir pour l'Algérie et une guerre coloniale qu'il n'approuve ni ne désapprouve, et qui se trouve observé par une silhouette étrange, dont on va découvrir qu'il s'agit de son père, qui a en fait survécu et qui est venu solder de vieux comptes avec l'effrayant Darlac. Trois personnages au cœur lourd dont Le Corre va organiser la rencontre forcément explosive.

C'est magnifiquement écrit, c'est une vision crépusculaire de l'espèce humaine, une façon de montrer la vengeance qui se tapit dans les replis de l'âme. C'est un polar noir, porté par une langue physique et une science de la psychologie redoutable.

Hervé Le Corre sera présent à Lyon dès vendredi pour recevoir son prix à l'occasion du festival Quais du polar, qui fête ses dix ans ce week-end et où vous pourrez rencontrer Hervé Le Corre, mais aussi James Ellroy ou Camilla Lackberg, Déon Meyer, et plein d'auteurs de cette french touche du polar, de Frank Thilliez à Caryl Ferey... Ils ont vraiment réuni un plateau exceptionnel pour leurs 10 ans.

Après la guerre , d'Hervé Le Corre, chez Rivages

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