Vrai ou faux
Vaccin contre le covid : une nouvelle étude prouve-t-elle qu’une femme sur cinq risque d’être hospitalisée pour des saignements abondants après une injection ?

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes assurent qu’une nouvelle étude prouve "enfin" le lien entre vaccin contre le covid et troubles menstruels. Mais le chiffre avancé est totalement faux. Il y a bien une étude cependant qui apporte de nouveaux arguments.
Article rédigé par Lise Roos-Weil
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Selon une étude d'Epi-Phare, le "sur-risque" d’être hospitalisée à cause de règles abondantes augmente de 20% après une primo-injection du vaccin contre le Covid (photo d'illustration). (ALIA DOUKALI / RADIO FRANCE)

Le sujet avait beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux au cœur de la pandémie de covid : des femmes racontaient qu’elles avaient constaté un retard de règles ou des saignements plus abondants après avoir été vaccinées contre le covid. Ces derniers jours, les messages se multiplient de nouveaux en ligne : "On a la confirmation que des femmes ont été hospitalisées à cause de règles abondantes, après l’injection", écrit une internaute, "enfin une preuve", insiste un autre. Certains avancent même un chiffre : "Une femme sur cinq risque d’être hospitalisée pour des saignements abondants, après le vaccin". Vrai ou Faux ? Franceinfo a vérifié.

Le chiffre avancé est totalement faux, il n’y a pas une femme sur cinq qui risque d’être hospitalisée pour des saignements abondants après avoir reçu une injection contre le covid. Mais une étude scientifique française, publiée le 24 janvier, apporte bien de nouveaux arguments en faveur d’un lien entre vaccination et troubles menstruels.

Huit femmes sur un million risquent l'hospitalisation

Cette étude a été menée par l’organisation Epi-Phare, qui rassemble l’Assurance maladie et l’agence de sécurité du médicament. Les épidémiologistes ont étudié le cas de 4 600 femmes hospitalisées pour des règles abondantes entre le 12 mai 2021 et le 31 août 2022, et les ont comparées, à la même période, à un groupe témoins, c’est-à-dire un groupe de près de 90 000 femmes représentatives de la population et qui n’avaient pas été prises en charge pour ce motif. Dans les deux groupes, un peu moins de 40% des femmes étaient vaccinées contre le covid.

Les résultats de l’étude montrent que huit femmes sur un million risquent d’être hospitalisées pour saignements abondants après une vaccination contre le covid, soit environ une femme sur 100 000. Très loin donc d'une femme sur cinq. Dans le détail, les épidémiologistes concluent que le "sur-risque" d’être hospitalisée à cause de règles abondantes augmente de 20% après une primo-injection. Les chercheurs ont constaté ce risque supplémentaire uniquement après une première ou une deuxième injection du vaccin, pas après les rappels. Par ailleurs, ce sur-risque est visible uniquement dans les trois mois après l’injection, il disparaît ensuite.

Les auteurs insistent dans leur étude sur le fait qu’ils se sont concentrés uniquement sur les femmes hospitalisées pour règles abondantes, des cas relativement graves. Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent que cela peut minimiser les résultats, puisque les femmes qui n’ont pas été hospitalisées ne sont pas comptabilisées. "Mais l’objectif de l’étude épidémiologique est de répondre à une question : la vaccination contre le covid augmente-t-elle le risque d’être hospitalisée pour règles abondantes ?", explique à franceinfo Rosemary Dray-Spira, l’une des auteurs de l’étude. "Nous avons en France des données sur les femmes hospitalisées, nous faisons donc avec les données que nous avons."

D'autres études avec des résultats contradictoires

D’autres études ont déjà été réalisées sur le sujet, avec des résultats contradictoires. Deux publications norvégiennes, également réalisées sur une population hospitalisée, ont montré la même augmentation du sur-risque de règles abondantes après une primo-injection. Mais une étude suédoise, examinant le cas de femmes consultant en cabinet, conclut l’inverse. Il y a aussi eu d’autres études sur d’autres symptômes de troubles menstruels : une étude américaine a, par exemple, montré que le vaccin avait un effet très limité sur la durée du cycle menstruel : en moyenne, il augmentait d’à peine une journée, après une injection.

Le sujet a en tout cas été pris en compte. L’agence nationale de sécurité du médicament propose aux femmes de déclarer leurs symptômes en ligne, afin de permettre des remontées et d’éventuelles futures études. Depuis octobre 2022, l’agence européenne du médicament mentionne aussi le trouble menstruel comme un effet indésirable possible après une injection. C’est désormais indiqué sur les notices des vaccins. Avec cette précision importante des médecins : les dérèglements menstruels se produisent aussi en cas de stress, de décalage horaire ou en cas de maladie.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.