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Le vrai du faux. Est-il vrai que le chalutage "ne racle pas les fonds marins", comme l'affirme l'eurodéputé François-Xavier Bellamy ?

Le député européen François-Xavier Bellamy affirme qu'en Europe "on ne racle pas les fonds marins", alors que la France n'interdira pas la pratique du chalutage de fond dans ses aires marines protégées. 

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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L'eurodéputé Les Républicains, François-Xavier Bellamy, était l'invité de franceinfo, mercredi 15 juillet. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

La France n'interdira pas le chalutage de fond dans ses aires marines protégées d'ici 2030, comme le souhaitait l'Union européenne. Pour l'eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy, cela se justifie, car il estime que cette pratique de pêche est injustement pointée du doigt : "Le chalutage aujourd'hui en Europe est l'objet de contrôles extrêmement précis, on ne racle pas les fonds marins en dévastant la nature comme voudraient nous le faire croire certaines ONG".


Il y a bien du chalutage qui racle le fond marin, en Europe

"Les chaluts sont de grands filets de pêche coniques en forme d’entonnoir, remorqués soit par un navire (chalut simple) ou deux navires (chalut en bœuf)", explique le site Pavillon France. Soit le filet ne touche pas le fond (chalutage pélagique), soit il est maintenu au sol par un "bourrelet" métallique (chalutage de fond). Contrairement à ce qu'avance l'eurodéputé, cette dernière pratique "reste très répandue" dans l'Atlantique Nord-Est, dit la Commission européenne.

En Europe, en moyenne, on pêche 2,3 millions de tonnes de crustacés et de poissons avec le chalutage de fond, d'après un état des lieux publié en 2021. Le chalutage de fond permet de capturer les crustacés et les poissons plats qui se logent dans les sédiments au fond de l'eau : le turbo, la sole, les crevettes, par exemple.  

Des incidences sur les fonds marins identifiés

Les mailles des filets sont adaptées à l'espèce ciblée, pour laisser passer celles qui n'intéressent pas les pêcheurs. Mais malgré cette réglementation, "Dans la majorité des pêcheries, cet engin [le chalut de fond] capture simultanément plusieurs espèces de dimensions et de morphologie différentes", note l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) qui pointe "le manque de sélectivité" de la pratique. La Commission européenne parle même de "quantités disproportionnées de captures indésirées et de rejets".

Autre problème pour l'Ifremer : "Même s'il ne pénètre pas le sédiment, le chalut de fond détériore les habitats et les organismes posés sur le fond." En moyenne, les filets utilisés pour la pêche de fond mesurent 60m de long sur 90m de large, et ils pèsent 300 kilos. Alors lorsqu'ils passent, les chalutiers "provoquent leur arrachement [des espèces] pour celles qui sont fixées, l’écrasement, l’enfouissement ou encore une exposition hors de l’eau pour les individus pris dans les filets et remontés à la surface", notent deux chercheurs de l'Ifremer. 

"Les habitats dits « biogéniques » (herbiers, coraux) dont les structures formées par les organismes vivants eux-mêmes peuvent témoigner après une action de pêche de dommages durables", poursuivent-ils."C'est comme si on cueillait des fraises des bois au bulldozer", résume le chercheur du CNRS Joachim Claudet. Or, sous la mer certains habitats se reconstituent vite, d'autres non. Par exemple, les coraux mettent dix ans repousser après le passage d'un chalut. La Commission européenne considère ainsi que 80% des fonds marins côtiers en Europe sont perturbés par ce chalutage de fond.

Quelques restrictions au chalutage de fond

Si le chalutage de fond est pratiqué dans les aires marines protégées, "y compris dans de nombreux sites Natura 2000", il y a quelques restrictions au niveau européen, explique le plan de la Commission. Elle est interdite "en mer Méditerranée dans les zones côtières étroites et de plus de 1 000 mètres de profondeur et, dans l’Atlantique, ils interdisent le chalutage de fond à plus de 800 mètres de profondeur, avec une fermeture à la pêche de fond de 16 419 km2 d’écosystèmes marins vulnérables. La pêche de fond est encore davantage restreinte dans les zones particulièrement sensibles, au moyen d’une série de mesures et de réglementations".

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