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Le sens des mots. "Incendie", la responsabilité centrale de l'Homme

Tout l'été sur franceinfo, Marina Cabiten et la sémiologue Mariette Darrigrand s’arrêtent sur les termes qui ont marqué l’actualité de l’année écoulée. Aujourd'hui, l'incendie.

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Des pompiers près de Jerrawangala, en Australie, essayent de contenir l\'incendie qui a ravagé le pays en janvier.
Des pompiers près de Jerrawangala, en Australie, essayent de contenir l'incendie qui a ravagé le pays en janvier. (PETER PARKS / AFP)

L'année écoulée a eu son lot d'incendies spectaculaires : celui de Lubrizol à Rouen, les incendies monstrueux en Australie, et plus récemment l'incendie de la cathédrale de Nantes posent la question de la responsabilité humaine dans ces catastrophes. 

franceinfo : Mariette Darrigrand, vous êtes sémiologue spécialisée dans l'analyse du discours médiatique et dirigeante du cabinet Des faits et des signes. Le mot "incendie" arrive tard dans la langue française, au XVIIe siècle, pour remplacer un autre terme, “embrasement”. Mais c’est la même idée, celle de porter une flamme, et c’est la main humaine qui la porte et qui se rend coupable dès cet instant.

Mariette Darrigrand : Le feu est le seul élément naturel non créé par Dieu ou la nature, contrairement à l’eau, l’air et la terre. C'est l'Homme lui-même qui crée le feu. C’est l’élément qui ouvre la civilisation humaine. On peut citer deux images fortes qui représentent cette bascule : l’homme préhistorique qui frotte deux silex et le héros Prométhée dans la mythologie grecque qui vole le feu aux dieux pour le donner aux Hommes. Le feu, c'est le début du travail humain.

En Australie, le nom donné aux incendies est “wild fire”, “feu sauvage”. En anglais, il n’y a pas l’équivalent du mot “incendie”, on dit “fire”, que la nature de ce feu soit d’origine naturelle ou humaine. Qu’est-ce que ça dit des différentes cultures ?

C'est tout à fait significatif de la différence de nature : en Australie elle est beaucoup plus sauvage qu'en Europe. Cela signifie peut-être qu’en Europe, nous avons plus conscience de la responsabilité humaine. Nous disions que le mot “incendie” avec sa notion de main de l’Homme est arrivé tardivement dans la langue française, au moment du progrès. Aujourd'hui on franchit un nouveau pas de ce progrès en parlant de l’anthropocène, aussi appelée "l’Ère de l’humain". Ce concept aurait commencé au XVIIIe siècle et définit la responsabilité centrale de l'humain. Comme si l'Homme, après avoir inventé le feu, avait inventé maintenant les incendies.

Des pompiers près de Jerrawangala, en Australie, essayent de contenir l\'incendie qui a ravagé le pays en janvier.
Des pompiers près de Jerrawangala, en Australie, essayent de contenir l'incendie qui a ravagé le pays en janvier. (PETER PARKS / AFP)