Le roman des espions, France info

Ovnis et espions

Au début des années soixante, la presse soviétique de Sibérie publia d'une manière impromptue, de nombreux articles visant à faire comprendre que les phénomènes des ovnis "n'était qu'une hallucination du chômeur occidental désespéré par la crise du capitalisme mondial".

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(© Maxppp)

Dans la lutte contre l'Ouest, les extraterrestres servirent en quelque sorte d'argument idéologique. Officiellement, les ovnis n'existaient pas - ils ne pouvaient pas exister. Officieusement, il en allait tout autrement.

Les scientifiques et les correspondants du KGB s'étaient mis à répertorier avec soin des indices sur les objets volants non identifiés, en URSS comme à l'étranger.

Les spécialistes des renseignements militaires consignèrent ainsi un nombre non négligeable d'apparitions d'objets, volants dans le ciel, à très grande vitesse, ou de formes lumineuses qui ne trouvaient aucune explication scientifique.

Pourquoi les services secrets s'intéressaient-ils à ces étranges    manifestations ?

D'abord parce qu'une de leurs missions était de surveiller étroitement tout ce qui se passait dans la société soviétique. Et les ovnis étaient, de ce point de vue, un phénomène qu'il fallait contrôler. Une autre raison tenait au virus de "l'espionnite" qui ravagea bien de têtes. A l'époque, les affaires d'espionnage avaient perturbé les relations avec les Etats-Unis.  En particulier l'avion espion U2 abattu au-dessus du territoire soviétique. Les autorités vivaient donc dans la hantise que les Américains aient mis au point des armes ou des appareils nouveaux pouvant leur assurer la suprématie militaire. L'intérêt incontestable manifesté pour les ovnis répertoriés s'inscrivait dans ce contexte de percées technologiques et de peur d'un conflit.

En Russie, deux écoles s'affrontèrent pour leur donner une explication. La première regroupait les sceptiques qui ne voyaient là qu'un phénomène d'hallucinations collectives, de témoignages douteux ou de canulars. La seconde réunissait ceux pour qui les ovnis représentaient bien un phénomène qu'il ne fallait pas rejeter sous prétexte qu'on n'avait aucun éclaircissement rationnel à fournir.

En 1947, déjà, Staline avait convoqué plusieurs scientifiques

Selon le témoignage de son dernier chef du cabinet, c'était afin d'obtenir des réponses sur ce que pouvaient être les ovnis. Après une étude rapide, ceux-ci lui auraient répondu qu'à leur avis, les soucoupes volantes ne présentaient pas de danger pour l'URSS, qu'elles n'étaient pas une arme secrète des Américains, mais, le phénomène existant, il fallait l'étudier minutieusement.

Le Kremlin créa alors des structures appropriées à l'étude des ovnis

En 1968, dans sa réponse à une lettre collective adressée par des constructeurs et ingénieurs de l'aviation au président du Conseil des ministres suggérant de créer un organisme dédié à l'étude des ovnis, l'Etat reconnut implicitement qu'il s'occupait déjà de la question et que des instructions avaient été données, dans ce sens.

Il a appelé à collecter tous les témoignages possibles sur l'existence éventuelle d'extraterrestres dans la région du transsibérien tout en se gardant bien de tirer des conclusions hâtives, il répertoria systématiquement les déclarations de chacun. Voilà qu'en Sibérie, les guenilles des iouridivis et les fripes de Raspoutine côtoyaient les combinaisons aux lignes futuristes des extraterrestres, le folklore, les hallucinations collectives et même la prémonition des découvertes futures. Force était de constater encore, qu'au fond du sac à miracles, derrière les vieux papiers marxistes et les slogans fanés, se camouflaient les vrais fantasmes éternels du pays. Tout se mélangeait dans un tourbillon qui trouvait ses racines dans les points de repère de la civilisation russe.

Dans leurs rapports confidentiels, certains chercheurs tentèrent de trouver des explications aux apparitions d'ovnis, dans les réflexions des grands mystiques russes de naguère, en particulier de l'éminent Sviatoslav Rerikh. Ce peintre rapprochait ces informations à des images de fusées visibles dans les icônes russes exposées à la Galerie Tretiakov à Moscou, ainsi que dans des peintures françaises datant du Moyen-Age.

C'est peut-être là le reflet de l'aspect le plus inattendu de la mentalité de l'establishment durant cette période ténébreuse du communisme en Union soviétique

A l'époque de Gorbatchev, les informations réunies par les militaires sur les ovnis commencèrent à circuler sur la place publique. Gorbatchev fut d'ailleurs le premier dirigeant soviétique à reconnaître officiellement en 1989,  à Sverdlovsk, (sur la route du transsibérien)  que des établissements scientifiques se livraient à des recherches sur les ovnis. Ces informations passionnèrent à ce point les gens que l'Eglise orthodoxe voulut faire savoir qu'elle se préoccupait de ces phénomènes.

D'après elle, les objets volants sont connus depuis des lustres et de nombreux faits s'y rapportant ont été relatés, écrits ou peints au cours des siècles, partout dans le monde. Ainsi, le Mahabharata hindou apporta de nombreux détails techniques sur les ovnis, en particulier sur des engins de forme sphérique, et les chroniques "S" de la Chine ancienne relataient l'arrivée de l'empereur Wan Di sur un chariot lumineux venu du ciel. Pour autant, la hiérarchie orthodoxe considérait officiellement les apparitions d'ovnis comme des phénomènes d'hypnose collective qui ne seraient que l'oeuvre du Malin.

Volonté de croire aux miracles, réalité scientifique, hallucination collective ?

On évita de porter un jugement définitif sur le phénomène des ovnis. En Russie, ceux qui croient dur comme fer en l'existence des extraterrestres ne font sans doute que redonner une vigueur nouvelle aux superstitions d'antan, quand des créatures de légende aidaient les hommes à surmonter les périls, les consolaient de leurs malheurs ou les guidaient dans l'incertitude.

(© Maxppp)