Le rendez-vous de la médiatrice, France info

Le rendez-vous de la médiatrice. Matinale de franceinfo, traitement de l'itinérance de Macron et populisme

Le choix des informations traitées, la place accordée au déplacement d'Emmanuel Macron et le choix des invités de la matinale de franceinfo : tels sont les sujets sur lesquels la médiatrice a été interpellée cette semaine. 

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Emmanuel Macron lors de la visite de l\'usine Renault de Maubeuge (Nord), le 8 novembre 2018.
Emmanuel Macron lors de la visite de l'usine Renault de Maubeuge (Nord), le 8 novembre 2018. (Ludovic MARIN / AFP)

Pour répondre aux questions des auditeurs cette semaine, sur le choix des informations traitées, la place accordée au déplacement d'Emmanuel Macron et le choix des invités de la matinale de franceinfo, Érik Kervellec, le directeur de la rédaction est au micro d'Emmanuelle Daviet, la médiatrice des antennes de Radio France.

Michel Édouard Leclerc, "invité" de la matinale de franceinfo

On commence avec un long mail de Charles consacré à Michel Édouard Leclerc, invité dans la matinale de franceinfo en début de semaine.

"La guerre des prix fait rage dans la grande distribution. Auchan, Leclerc, Carrefour, Casino... Cette guerre des prix n’est pas sans conséquences. Pression accrue sur les PME, pression sur les filières agricoles. La grande distribution utilise parfois des méthodes très "border line" pour obtenir les tarifs souhaités. L’esdesence est pour eux, un produit d’appel. Faire une offre à prix coûtant n’est pas un sacrifice, ni une mission service public c’est une manière d’attirer les clients. Il n’y a là aucune bienfaisance.

J’ai été très choqué de voir la publicité faite à Leclerc dans la matinale de franceinfo et aux concurrents par la suite, pour leur offre de carburants à prix coûtant. Ce n’est pas du service public. C’est une promotion commerciale.

Pourquoi offrir à ces distributeurs une telle publicité gratuite ? Pourquoi ne pas diffuser des spots publicitaires à la place, payants cette fois ? Mes impôts ne servent pas à offrir à des distributeurs dont le modèle économique met à mal des filières (agricoles), de la publicité gratuite, même si elle est liée à un fait d’actualité."

Bertrand également nous dit :

"Je suis absolument ulcéré par l'intervention de Michel Edouard Leclerc sur vos antennes concernant la hausse des tarifs pétroliers et cela pour plusieurs raisons. La toute première, c'est qu'il n'est pas de votre ressort de faire de la pub gratuite pour un dirigeant d'entreprise qui se prétend très hypocritement être le défenseur du consommateur, alors qu'il ne s'agit que d'une stratégie pour attirer plus de monde dans ses magasins, et faire simplement du profit. Je le sais, vous le savez, pourquoi accréditer cette forme de propagande d'un M. Leclerc au service des consommateurs ?"

Érik Kervellec : Inviter Michel Édouard Leclerc est une question de principe. Pourquoi sur ce sujet de société qui divise les français, on ne devrait entendre que la voix des politiques ? Un chef d'entreprise qui emploie près de 100 000 personnes ne serait pas légitime pour s'exprimer dans le débat public et en particulier sur ce sujet du prix de l'essence alors qu'il fait tourner plus de 600 stations services en France ? À franceinfo, nous pensons que les leaders de la société civile sont les bienvenus sur l'antenne. Nous invitons des patrons, des responsables syndicaux, des responsables d'associations.

Après, il y a la personnalité de Michel Édouard Leclerc, c'est un personnage clivant, qui ne rate pas une occasion de faire sa pub dès qu'il a un micro ouvert devant lui. Mais il y a aussi beaucoup d'hommes politiques clivants qui agacent les auditeurs selon leurs sensibilités politiques. Nous donnons la parole à tout le monde.

La surexposition du président Macron

Cette semaine impossible pour les auditeurs d’échapper à "l’itinérance" d’Emmanuel Macron dans l'Est et le Nord de la France. Les remarques concernent principalement la surexposition des éléments de langage de la communication présidentielle et le choix lexical d' "itinérance".

"Dans tous les journaux, on a droit à son itinérance", remarque une auditrice.

Etienne, un auditeur : "Itinérance de mémoire par-ci, itinérance de mémoire par-là ... Itinérance de mémoire encore, itinérance de mémoire toujours. En langue fançaise normale, on aurait dit déplacement commémoratif, mais ça doit être trop ringard, pas disruptif, pas "en marche", pas nouveau monde. Journaliste n'est-ce pas une profession qui doit faire preuve d'un esprit critique supérieur à la moyenne ? Les journalistes de Radio France ont-ils de l'esprit critique ?"

Érik Kervellec : Que ce soit un élément de langage de l'Elysée, ça c'est sûr. Mais à chaque étape de ce déplacement, vous avez entendu sur franceinfo que ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu, avec une multiplication des polémiques : et ça, nous l'avons bien expliqué, c'est la que s'exerce notre esprit critique.
"Itinérance" existe en français, c'est le fait de se déplacer, de suivre un itinéraire.

Populisme et populiste

Jean-Louis écrit : "J'en ai un peu marre d'entendre le 'gros mot' populisme mis à toutes les sauces, et ceci afin de disqualifier sans discussion tous les mouvements qui ne sont pas dans la ligne néo-libérale européenne. Populiste, populiste, populiste ! On entend systématiquement tous les journalistes trépigner sur leur chaise. Cela devient vraiment un problème. Ça sert sans doute à mettre la France Insoumise dans le même sac que le Rassemblement national. Jamais d'enquête sur le fond et la faisabilité des différents  programmes, si ce n'est avec une paire de lunettes néo-libérales."

Faut-il bannir le mot populisme ou clarifier son utilisation sur l'antenne ?

Érik Kervellec : Ce mot prend souvent une connotation péjorative. Le populisme se réfère à un peuple que le pouvoir ne peut ou ne veut entendre, un pouvoir jugé coupé des réalités. On entend ce genre de propos dans toutes les familles politiques. C'est vrai que ce terme est un fourre-tout. Sur la question de la faisabilité des programmes politiques, je la rejette. Nous faisons très souvent cet effort d'éclairer ce que proposent les uns et les autres.

Emmanuel Macron lors de la visite de l\'usine Renault de Maubeuge (Nord), le 8 novembre 2018.
Emmanuel Macron lors de la visite de l'usine Renault de Maubeuge (Nord), le 8 novembre 2018. (Ludovic MARIN / AFP)