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"Air cocaïne" : déjà un an de prison pour deux pilotes français

En République dominicaine, deux pilotes français ont écopé d'un an de détention provisoire, sans audience préliminaire, ni même une date de procès. Pascal Fauret et Bruno Odos ont été interpellés il y a un an alors qu'ils s'apprêtaient à décoller de Punta Cana. Dans des bagages des passagers de leur avion, près de 700 kilos de cocaïne. Une affaire rebaptisée "Air cocaïne". Et depuis un an, les deux pilotes clament leur ignorance et donc leur innocence. La justice dominicaine n'avance pas.

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Aujourd'hui, ces deux hommes sont épuisés, sans illusion, lassés des reports d'audience, 13 au total. Ils comparaissent à chaque fois devant la justice avec l'espoir d'une évolution et à chaque fois, on les renvoie en prison, sans plus d'information.

Ils partagent la même cellule depuis un mois et demi dans le quartier de haute sécurité où ils sont détenus. Un seul menu : riz et haricots rouges, tous les jours. Une heure quotidienne pour voir le jour, le reste du temps enfermés, éclairés au néon.

Très régulièrement ils ont des visites d'amis, de proches ou même de pilotes français qui viennent simplement prendre des nouvelles. Ils ne sont jamais restés plus de trois semaines sans voir quelqu'un. Parmi ces visiteurs, leur ami Philippe Henneman. Il préside leur comité de soutien, il les a vus encore récemment :

"Ils vont mal, ils vont très mal. La prison, c'est déjà difficile à vivre mais quand vous êtes innocents et à 7.000 km de chez vous, c'est de encore plus dur. Il y a des dégâts physiques et psychologiques."

"Ça devient catastrophique "

Physiquement, ça ne va pas fort et psychologiquement, c'est encore pire. C'est ce que dit Sabine, l'épouse de Pascal Fauret.
Elle est allée le voir il y a quelques jours. C'était son anniversaire, elle a réussi à lui apporter des calissons. Une friandise qui n'a pas suffi à lui remonter le moral. Il a beaucoup pleuré, il semblait absent quand elle lui parlait. Elle ne l'avait jamais vu comme ça :

"Depuis un an, ils sont dans le même bloc, sans fenêtre. Moralement, ça devient catastrophique. Ça fait un an qu'ils sont là-bas, enfermés, ils ne sont pas interrogés. On leur refuse l'audience. Ils ne voient pas le bout."

Elle retournera le voir pendant les vacances de Pâques, cette fois avec leurs enfants. Cédric et Quentin, 17 et 16 ans, n'ont plus vu leur père depuis un an.

Les deux pilotes affirment qu'ils sont innocents, qu'ils ignoraient tout de leur cargaison, ils sont en prison depuis un an et pendant ce temps, la justice dominicaine bafouille, bégaie et n'avance pas.
La procédure est chaotique et aucune audience n'a pu statuer sur le fond de l'affaire. Les deux pilotes n'ont jamais rencontré un juge pour s'expliquer. Au moment des faits, une quarantaine de personnes ont été interpellées, la majorité d'entre elles ne sont plus sous les verrous. Elles bénéficient d'un régime de liberté surveillée. Pas les deux pilotes.

Le flou total

"Mes clients craquent , se désole Jean Reinhart, leur avocat. Ils ne sont plus réceptifs à tout ce que l'on fait pour eux. Le comité de soutien, les actions judiciaires, toutes les démarches... Ils ne s'en réjouissent plus. On ne les voit plus rire ou même sourire. On sent que l'injustice de leur détention a attaqué leur système nerveux. "

Une nouvelle juge d'instruction vient d'être chargée de l'affaire.
Le défenseur des deux pilotes s'en réjouissait. Mais à peine nommée, on a appris qu'elle faisait l'objet d'une enquête pour la libération suspecte de 10 narco-trafiquants dans une autre affaire.

Alors c'est le flou le plus total sur les prochaines échéances.
Un pilote d'avion ne peut être tenu responsable de ce qui se trouve dans les bagages des passagers, c'est stipulé dans une convention internationale. Un pilote doit s'assurer que le poids des bagages et leur répartition ne présentent pas de danger pour son vol et c'est tout. Ils n'avaient donc pas à inspecter les 26 valises installées dans la soute. Les vérifications du contenu, c'est le travail des douanes et de la sécurité de l'aéroport.

Dans cette affaire, la justice dominicaine peut et même doit se poser des questions sur la responsabilité des pilotes et enquêter.
D'ailleurs le vol avait fait l'objet d'un signalement par les autorités françaises. Cet aller-retour Saint-Tropez - Punta Cana par Falcon 50 avait attiré l'attention des policiers ici aussi.

Avant même son départ. Pascal Fauret et Bruno Odos, les deux pilotes, avaient été écoutés et même suivis. Sans que leur implication dans un quelconque trafic puisse être prouvée.
Si l'avion n'avait pas été empêché de décoller par les autorités dominicaines, la police française s'en serait sans doute chargée à son arrivée.

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