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Le mot de l'éco. Dégressivité des allocations chômage dès novembre pour une partie des chômeurs

La dégressivité des allocations chômage va faire son grand retour, dès le mois de novembre, pour une partie des chômeurs seulement.

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(SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

La dégressivité des allocations chômage est l'une des mesures chocs annoncées cette semaine par le gouvernement dans le cadre de la réforme de l'assurance chômage. Cette décision provoque beaucoup d'incompréhension d'autant qu'elle a déjà été expérimentée par le passé et qu'elle n'a pas eu les résultats escomptés.   

La dégressivité des allocations, annoncée par le gouvernement, concerne les salariés qui s'inscriront à Pôle emploi à partir du 1er novembre 2019, qui ont moins de 57 ans, et qui gagnaient plus de 4 500 euros brut par mois, avant d'avoir perdu leur emploi. Ces chômeurs verront leur allocation chuter brutalement de 30% à partir du septième mois d'indemnisation. Il y aura néanmoins un plancher. Ce qui veut dire qu'une fois amputée, leur allocation ne pourra pas descendre en dessous de 2 261 euros nets mensuels.  

franceinfo : Comment le gouvernement justifie cette décision?  

Sarah Lemoine : Le gouvernement s'appuie notamment sur des données de Pôle emploi. Elles affirment que les chômeurs les mieux indemnisés (ceux qui perçoivent plus de 5 000 euros d'allocations par mois) sont aussi ceux qui restent le plus longtemps au chômage. 575 jours en moyenne contre 281 jours pour ceux qui touchent moins de 1 000 euros. Un paradoxe pour l'exécutif alors que le chômage des cadres est particulièrement faible.  

Pourtant la dégressivité a déjà été expérimentée en France et son bilan est contrasté ? 

En 1992, en pleine crise économique et face à l'augmentation du déficit de l'assurance chômage, syndicats et patronat ont mis en place une allocation dégressive. A l'époque, tous les chômeurs étaient concernés et le montant de leur allocation baissait tous les quatre mois.

Dans une étude, l'Insee a conclu que ce type de dégressivité (finalement supprimée en 2001) n'a pas accéléré le retour à l'emploi. Sauf chez les chômeurs les mieux indemnisés qui pouvaient voir leur allocation baisser jusqu'à neuf fois au cours de leur période d'indemnisation. Seul bémol, l'étude n’a pas analysé la qualité des emplois repris. La question étant de savoir si certains cadres ou salariés à hauts revenus ont été contraints d'accepter un travail moins qualifié et moins payé que ce qu'ils espéraient.

D'autres études plaident aussi contre la dégressivité...

D'après l'OFCE, une soixantaine d'études académiques a été menée dans plusieurs pays sur les effets de la dégressivité des allocations chômage. 80% d'entre elles concluent que le système le plus efficace pour stimuler la reprise d'emploi, c'est celui des droits constants. C'est-à-dire quand un chômeur touche le même niveau d’allocations tout au long de sa période d'indemnisation. Des études qui visiblement n'ont pas convaincu le gouvernement.  

(SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)