"Trop vieux pour travailler, trop jeune pour partir à la retraite" : en Chine, l'étonnante "malédiction des 35 ans"

De nombreux travailleurs s’estiment discriminés ou rejetés, une fois cet âge dépassé.
Article rédigé par Frédéric Says
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Des salariées d'une usine d'électronique à Linquan (Chine). (AN MING / MAXPPP)

En France, on est parfois considéré comme un "senior" à partir de 50 ou 55 ans. En Chine, c'est à 35 ans que de nombreux salariés se plaignent d'être considérés comme... trop vieux. Le journal South China Morning Post, situé à Hong Kong, a enquêté sur le sujet. Il rapporte plusieurs témoignages, comme celui de Mia Fan, une jeune femme de 35 ans, qui vit à Hangzhou, dans l'est de la Chine. Chaque jour, elle quitte son domicile à 8h30. Ses proches croient qu'elle va travailler. Mais, en réalité, elle est au chômage et passe la journée dans un café à envoyer des CV. Sans succès.

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Un cas pas vraiment particulier en Chine : après 35 ans, les salariés sont réputés moins énergiques, moins investis et moins dociles, rapporte le New York Times, qui consacre lui aussi une enquête aux travailleurs chinois laissés sur le carreau. Le quotidien évoque même une "malédiction des 35 ans". D'abord, cela s'explique par l'économie chinoise qui ralentit. Elle ne parvient pas à se dépêtrer de la période de la pandémie. Les entreprises se tournent donc de préférence vers les travailleurs les plus jeunes, qu'elles peuvent former elles-mêmes et embaucher à des tarifs plus bas. Mais il n'y a pas que le secteur privé.

En Chine, les concours pour devenir fonctionnaire ne recrutent pas au-delà de 35 ans. Tant pis pour les candidats qui "balancent entre deux âges", comme aurait dit Brassens. "Trop vieux pour travailler à 35 ans, mais trop jeune pour partir à la retraite à 60 ans" : ce slogan, relevé par le New York Times, est devenu viral sur Internet. Au moment où les autorités chinoises veulent repousser l'âge de départ à la retraite, à cause du vieillissement de la population.

On passe d'un enfant à trois

Les jeunes Chinois sont soumis à des injonctions contradictoires. Être performant dans leur travail, mais aussi fonder une famille et s'en occuper. Le pays regarde avec frayeur sa courbe démographique : il n’y a pas suffisamment de naissance pour renouveler la population. D'ailleurs, la Chine n'est plus le pays le plus peuplé du monde. Elle a été dépassée cette année par l'Inde. D'où ce plan annoncé par Xi Jinping, le dirigeant chinois. Un plan pour favoriser les mariages et les naissances. La Chine a mis fin à la politique de l'enfant unique, elle promeut désormais le modèle de trois enfants par femme. Ce qui met encore plus la pression sur certains prétendants à l'embauche.

"J'ai 35 ans et pas d'enfants, quand je dis cela aux recruteurs, je sens qu'ils perdent tout intérêt pour ma candidature", explique une jeune femme de la province du Guangdong, dans le sud-est de la Chine. Elle perçoit un regard de soupçon, voire de réprobation. Comme si elle était une mauvaise citoyenne, et donc une mauvaise candidate. En somme, double victime de la "malédiction des 35 ans". 

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