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Rwanda : l'un des génocidaires présumés sera jugé en Afrique

L’un des hommes les plus recherchés du monde va être extradé de France vers la Justice internationale. C’est la décision qu’a prise hier la Cour d’appel de Paris dans le cas de Félicien Kabuga, l’un des responsables présumés du génocide rwandais de 1994.

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Une affiche recensant les hommes les plus recherchés pour leur responsabilité présumée dans le génocide rwandais. Parmi eux, Félicien Kabuga. Photo prise à Kigali (Rwanda) le 22 mai 2020
Une affiche recensant les hommes les plus recherchés pour leur responsabilité présumée dans le génocide rwandais. Parmi eux, Félicien Kabuga. Photo prise à Kigali (Rwanda) le 22 mai 2020 (SIMON WOHLFAHRT / AFP)

Direction Arusha, le siège du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. La justice française n’a pas retenu les arguments de ce millionnaire qui aurait préféré être jugé en France. Ses avocats vont se pourvoir en cassation, mais pour le moment, c’est surtout une immense victoire pour les familles de victimes du génocide.

Le financier présumé  de ces massacres, Félicien Kabuga, en fuite depuis 26 ans, est attendu au pied du mont Kilimandjaro, en Tanzanie, pour y être jugé, malgré son âge, 84 ans, et sa santé, fragile, par les juges qui travaillent depuis 26 ans sur les dossiers des responsables de ce génocide.

Qui est cet homme et que lui reproche-t-on ?

En deux mois en 1994, un million de Tutsis, l’ethnie minoritaire du Rwanda, sont massacrés, essentiellement à coups de machette, par la majorité hutue, fanatisée depuis des années par le pouvoir en place.

Félicien Kabuga est un dignitaire et il est riche. Il est accusé d’avoir donné les moyens du génocide. En finançant d’abord la propagande qui va galvaniser la population hutue contre les Tutsis, grâce à la fameuse Radio Mille Collines. Puis en achetant des milliers de machettes, qui serviront à découper les Tutsis. Il est au coeur du clan le plus violent et le plus sectaire du pouvoir. Il finance les milices qui vont commencer les massacres, et les achever si nécessaire, les interhamwés.

Quand le bain de sang commence, il envoie sa femme et ses 11 enfants se réfugier à l’ambassade de France. Ils sortent du pays. Quand finalement les génocidaires perdent le contrôle du pays, il réussit à s’enfuir, en juillet 1994. Commence pour lui une cavale de 26 ans, à travers différents pays d’Europe. Grâce à des protections, il échappe à plusieurs arrestations, bien qu’il soit devenu l’un des hommes les plus recherchés du monde.

Arrêté à Asnières le 16 mai dernier 

Un homme se disant congolais se présente à l’hôpital avec des symptômes du Covid-19, mais il est surveillé par des policiers. Ils le suivent, et acquièrent la certitude qu’il s’agit en fait de Félicien Kabuga. Le vieux monsieur est repéré, et au nom de la justice internationale, arrêté au petit matin. Il ne nie plus sa véritable identité, mais demande à être jugé en France, près de ses enfants.

La présidente de la Cour a estimé hier que ni son âge ni son état de santé, ni la présence de sa famille,  n’interdisait qu’un homme soupçonné d’avoir conduit un million de personnes à la mort soit jugé pour ce qu’on désigne comme le crime des crimes, le génocide. Et qu’il soit jugé  là où l’attendent les rescapés et les victimes. En Afrique.

Une affiche recensant les hommes les plus recherchés pour leur responsabilité présumée dans le génocide rwandais. Parmi eux, Félicien Kabuga. Photo prise à Kigali (Rwanda) le 22 mai 2020
Une affiche recensant les hommes les plus recherchés pour leur responsabilité présumée dans le génocide rwandais. Parmi eux, Félicien Kabuga. Photo prise à Kigali (Rwanda) le 22 mai 2020 (SIMON WOHLFAHRT / AFP)