Réchauffement climatique : le Venezuela devient le premier pays au monde à perdre tous ses glaciers

C'est officiel, il n'y a plus aucun glacier au Venezuela. Le dernier s'est réduit à une simple plaque de neige et de glace, en raison du réchauffement climatique. D'autres suivront.
Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Photo prise en octobre 2023 et publiée en mars 2024 du parc national de la Sierra Nevada de Mérida, dans la cordillère des Andes au Venezuela. Photo d'illustration. (SUSANA RODRIGUEZ / SUSANA RODRIGUEZ)

La grande bâche en plastique dont on avait commencé à recouvrir le dernier glacier vénézuélien, pour le protéger du soleil, n'a servi à rien. Mesure dérisoire face à un déclin inéluctable. Après avoir résisté un peu plus longtemps que les autres, le glacier de Humboldt, également appelé "glacier de la Corona" a lui aussi fini par fondre.

Situé à 4 940 mètres d'altitude, il est aujourd'hui réduit à une fine nappe blanche d'à peine 20 000 mètres carrés. Ça peut sembler beaucoup mais, aux yeux des scientifiques, il faut au moins 100 000 mètres carrés pour mériter le nom de glacier. Sa disparition a donc été actée de manière officielle et définitive le mois dernier. Le Venezuela est devenu le premier pays de l'histoire moderne à perdre ses glaces éternelles.

Tous les glaciers tropicaux se réduisent

D'autres scénarios identiques vont immanquablement se produire : au rythme actuel, les glaciologues estiment que 90% des glaciers tropicaux auront disparu d’ici à 2100. Si l'accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre était respecté, ce taux pourrait toutefois être ramené à 60%. Ce phénomène, irréversible et rapide, ne laisse pas toujours aux scientifiques le temps de les étudier.

Les glaciers tropicaux ne représentent qu'une infime partie des glaciers qui existent dans le monde. Ce sont uniquement ceux qui sont situés près de l'Équateur, mais ils sont de véritables baromètres du climat. On les trouve en grande majorité dans le nord de la Cordillère des Andes, mais aussi en Indonésie et en Afrique : sur le Kilimandjaro en Tanzanie, ou encore en Ouganda, dans les "Montagnes de la Lune" qui servent de source au Nil. Tous sont en train de fondre. Avec la hausse des températures, la limite pluie-neige remonte d'année en année. Il faut désormais aller au-delà de 5 000 mètres pour trouver de la glace.

Approvisionnements en eau menacés au Pérou et en Colombie

Ces disparitions vont avoir des conséquences environnementales et sociales, avec un impact sur la biodiversité et les écosystèmes doublé d'une perte culturelle et patrimoniale. Au Venezuela, le Corona faisait partie d'une très ancienne légende indigène, celle des "cinq aigles blancs", qui racontait la formation des cinq glaciers de cette partie des Andes. La répercussion sera aussi économique : les glaciers sont souvent des attractions touristiques qui génèrent des revenus.

Mais surtout, dans certains pays comme le Pérou et la Colombie, ils constituent une source majeure d’approvisionnement en eau : de l'eau qui est bue, de l'eau qui produit de l’électricité ou qui sert pour l'agriculture. En Bolivie par exemple, pendant la saison sèche, près de 30% de la ressource en eau de La Paz (deux millions d’habitants), proviennent des glaciers de la Cordillère Royale. L'extinction de ces véritables baromètres du climat risque aussi de nourrir les tensions sociales.

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