Evan Gershkovich bientôt jugé pour espionnage en Russie : les États-Unis et le "Wall Street journal" dénoncent "une parodie de justice"

Le Parquet russe a annoncé jeudi que le journaliste américain Evan Gershkovich serait jugé prochainement à Ekaterinbourg, dans l'Oural, pour "espionnage". Washington réclame sa libération "immédiate".
Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Le journaliste américain Evan Gershkovich (au centre), devant la première cour d'appel de Moscou, le 23 avril 2024. (NATALIA KOLESNIKOVA / AFP)

Selon les autorités russes, Evan Gershkovich, un reporter américain de 32 ans n'était pas seulement en train de faire son travail quand il a été arrêté à Ekaterinbourg en mars 2023. Il "collectait des informations confidentielles", pour le compte de la CIA, sur un fabricant d'armes, Ouralvagonzavod, qui produit notamment des tanks et des chars utilisés en Ukraine. 

Moscou n'a jamais apporté de preuves et l'ensemble de la procédure a été classé secrète.
Après 16 mois de détention provisoire, prolongée de mois en mois, Evan Gershkovich va donc avoir droit à un procès pour espionnage. Fait inédit pour un journaliste occidental depuis la fin de l'Union soviétique. Il encourt jusqu'à 20 ans de prison.

Des accusations qui ont "zéro crédibilité"

Il sera jugé pour des accusations qu'il conteste et que son employeur conteste. "Le pas que vient de franchir la Russie pour organiser un simulacre de procès n'est pas surprenant" mais c'est "scandaleux", s'indigne le Wall Street Journal. "Ces accusations ont zéro crédibilité", ajoutait jeudi le porte-parole du département d'État, Matthew Miller : "Evan n'a rien fait de mal, le journalisme n'est pas un crime. Les accusations portées contre lui sont fausses et le gouvernement russe sait qu'elles sont fausses. Evan doit être immédiatement libéré ". Exigence également approuvée, jeudi 13 juin, depuis Bruxelles par le chef de l'OTAN.

Si Moscou s'obstine, c'est pour faire monter sa valeur avant de l'échanger. Vladimir Poutine a même dit contre qui : Vadim Krassikov, un agent du FSB condamné à la prison à vie en Allemagne, pour un assassinat commis à Berlin il y a cinq ans sur un opposant tchétchène. Les pourparlers sont en cours avec Washington, le chef du Kremlin l'a reconnu il y a quelques jours, tout en expliquant qu'ils réclamaient la plus grande discrétion... Un autre américain emprisonné en Russie fait partie du deal : Paul Wheelan, un ancien marine, déjà condamné pour espionnage. Selon son entourage, l'opposant Alexeï Navalny faisait lui aussi l'objet d'un projet d'échange, sa mort dans une colonie pénitentiaire le 16 février ayant semble-t-il compliqué les discussions.

Les binationaux, monnaie d'échange ?

Evan Gershkovich est en fait russo-américain et n'est pas le seul occidental à subir les foudres de Moscou. Une autre journaliste russo-américaine, Alsu Kurmasheva est en prison depuis octobre, accusée de diffusion de "fausses informations" sur l'armée. Ksenia Karelina, russo-américaine également, est accusée de "haute trahison" pour avoir fait un don à l'armée ukrainienne. 

Le 7 juin, c'est un ressortissant français, Laurent Vinatier, qui a été arrêté pour ne pas s'être enregistré comme "agent de l'étranger" alors qu'il menait des missions de diplomatie parallèle pour rapprocher la partie russe de la partie ukrainienne. Ces profils sur place liés à l'Occident sont d'une haute valeur ajoutée pour nourrir le jeu diplomatique.

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