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En Chine, difficile d’échapper à la vidéo-surveillance

Il faut beaucoup d’imagination pour échapper aux caméras de surveillance dans ce pays d'Asie. Un artiste qui dénonce les atteintes à la vie privée l’a démontré.

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Illustration caméra de surveillance.
Illustration caméra de surveillance. (NOEL CELIS / AFP)

Dans le top 20 des villes les plus équipées au monde de caméras de surveillance dans l’espace public, 18 sont chinoises. Chongqing, dans le centre, compte une caméra pour six habitants. Shanghai, une caméra pour neuf habitants. À Nice, la ville la plus couverte en France, c’est une caméra pour… 130 habitants. Un artiste chinois, Deng Yufeng, qui dénonce régulièrement les atteintes à la vie privée, a donc tenté une petite expérience : effectuer tout un parcours dans une rue de Pékin sans jamais entrer dans le champ d'une caméra.

Deux heures pour 1 kilomètre

Quand il a trouvé la rue idéale, "l'avenue du bonheur" (ça ne s'invente pas), il a d'abord passé deux mois à la mesurer, à la photographier sous toutes les coutures, à repérer l’emplacement et le modèle de chaque caméra (plus de 90 au total). Avec tout ça il a fait un plan en 3D reproduit les angles morts et dessiné un itinéraire.

Il a enfin recruté un petit groupe de volontaires, dont certains sont venus avec leurs enfants, et fin octobre, par une belle journée ensoleillée, ils ont tous fait le parcours, en file indienne : on les a vus baisser la tête, avancer en marchant accroupis un peu comme des canards, ou bien de côté comme des crabes, descendre du trottoir, raser les murs, se cacher derrière des panneaux publicitaires... Il leur a fallu au total deux heures pour faire un peu plus d'un kilomètre.

Et ça a (presque) marché : ils ont réussi à éviter que leur visage soit filmé, mais a priori personne dans le groupe n’a pu disparaître, se soustraire à 100% aux caméras. Impossible toutefois de le vérifier, puisqu'en Chine le grand public n'a pas accès aux données des caméras de surveillance. L'expérience n'a l'air de rien, mais elle va bien au-delà du simple "happening" artistique : c'est un vrai défi lancé aux autorités, qui ont fait de la vidéo-surveillance et de la reconnaissance faciale un enjeu majeur pour la sécurité du pays.

Des drones avec caméras et haut-parleur

La reconnaissance faciale est aujourd’hui installée dans le quotidien des Chinois : l'État voit tout, l'État sait tout... Si vous traversez alors que le feu est au rouge, votre visage, votre nom et une partie de votre numéro de carte d'identité peuvent s'afficher sur les innombrables écrans géants de votre ville. Des drones munis de caméras et de haut-parleur peuvent vous interpeller en pleine rue par votre nom et vous demander de mettre votre masque si vous ne l'avez pas...

À l'université, on se sert de caméras dans les salles de classe pour vérifier que les étudiants ne dorment pas pendant les cours. On n'est pas dans un épisode de Black Mirror ou chez George Orwell ! C'est la Chine d’aujourd’hui, qui se sert aussi de la reconnaissance faciale pour repérer des criminels, des délinquants… Mais aussi les dissidents ou activistes, de Hong Kong au Xinjiang, parmi les Ouighours.

Cette technologie, la Chine ne se contente pas de l'appliquer à sa propre population, elle l'exporte aussi : les trois quarts des pays qui dans le monde utilisent la reconnaissance faciale à des fins de surveillance sont équipés avec de la technologie chinoise.

Illustration caméra de surveillance.
Illustration caméra de surveillance. (NOEL CELIS / AFP)