Dans un Liban en crise, nouvelle série de braquages de banques par leurs clients

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Plongé dans une crise économique abyssale depuis trois ans, le Liban fait face à une nouvelle série de braquages de banques par leurs propres clients.

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Radio France
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Un Libanais arrêté par des policiers après avoir commis un hold-up dans sa banque pour récupérer ses économies à  Beyrouth (Liban), le 16 septembre 2022.  (FADEL ITANI / AFP)

Ces braqueurs-là ne portent ni cagoules, ni armes sophistiquées. Leur moteur n'est pas l'appât du gain, mais le désespoir. Car ce sont leurs propres économies qu'ils réclament : des fonds tout simplement bloqués, inaccessibles depuis trois ans sur décision des banques. Les retraits sont limités à 100, voire 200 dollars par mois.

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Mi-septembre, il y a eu une première vague de braquages. On a beaucoup parlé de cette jeune femme qui a pris en otage les employés de son agence : elle voulait son argent pour financer les médicaments de sa soeur, malade d'un cancer. À la suite de ces incidents, les banques sont restées fermées une semaine. Elles ont rouvert avec des mesures de sécurité draconiennes, clients fouillés et filtrés à l'entrée.

Virements à l'étranger impossibles

Et pourtant, les braquages ont repris : au moins trois sur la seule journée du mardi 4 octobre. À Chtaura, dans l'est, Ali Sahili, un policier à la retraite, fait irruption dans son agence, dans une main un pistolet, dans l'autre une grenade. Son fils, étudiant à l'étranger, a été expulsé de son logement faute d'avoir pu payer son loyer. Il veut juste lui transférer de l'argent. Or, depuis 2019 il n'est plus possible non plus de faire des virements à l'extérieur du Liban. Son compte affiche plusieurs dizaines de milliers de dollars. L'homme est arrêté sans avoir pu en récupérer un seul centime.

À Tyr, dans le sud, un autre homme finit lui par obtenir une partie de son épargne, là encore sous la menace d'une arme. Enfin à Tripoli, dans le nord, plusieurs employés d'une compagnie d'électricité envahissent une agence pour protester contre les retards de salaires et les frais exorbitants imposés par la banque.
D'autres incidents moins violents sont signalés ici ou là, comme ce sit-in dans une agence en banlieue de Beyrouth.

L'un des pires crises dans le monde

L’Association des banques a fini par publier un long communiqué dans lequel elle tente de relativiser sa responsabilité. Elle appelle les déposants à rediriger leur colère contre l’État et la Banque centrale, qui ont contribué à "dilapider" l’argent. En attendant, les braqueurs sont soutenus par une grande partie de la population. Le collectif d’avocats Mouttahidoun ("Unis") avait d'ailleurs annoncé des actions "coup de poing" ce mardi 4 octobre. Les employés de banque, eux, prévoient une journée de mobilisation le 12 octobre à l'appel de leur syndicat.

Difficile d'imaginer que la situation va pouvoir s'arranger. La Banque mondiale estime que cette crise est l’une des pires du monde depuis 1950L'inflation y dépasse les 200%, le salaire minimum ne vaut plus rien. Aujourd'hui, 80% des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté. Pire : la classe politique a délibérément laissé la situation s'aggraver. En avril, le pays a pourtant signé un accord préliminaire avec le Fonds monétaire international. Pour obtenir une aide, il doit notamment restructurer son secteur bancaire. Mais des représentants du FMI en visite à Beyrouth il y a deux semaines n'ont pas caché leur agacement : les réformes sont au point mort.

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