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Le monde de Thomas. Au Turkménistan, le président du pays vient de sortir son 29e livre en 12 ans

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Tous les jours, Thomas Snégaroff revient sur un sujet passé (presque) inaperçu. Aujourd'hui, la publication du 29e livre en 12 ans de Gurbanguly Berdimuhamedow, le président du Turkménistan. Son titre est assez clair : "Vénérer sa mère - Vénérer quelque chose de sacré".

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Radio France
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Le président du Turkménistan Gurbanguly Berdymukhamedov tient un chien de berger turkmène, un Alabai pendant les célébrations de la journée du cheval à Achgabat, le 28 avril 2018 (IGOR SASIN / AFP)

On accuse Marlène Schiappa de faire la promotion de son dernier livre dans lequel elle parle à ses filles en utilisant les moyens de son ministère. L’association de lutte contre la corruption Anticor a même saisi la Cnil fin mai à ce sujet. On est tout de même très très loin de ce qui se passe au Turkménistan.

Le président turkmène, Gurbanguly Berdimuhamedow a publié lui aussi un livre. Lui aussi un livre sur sa famille, en l’occurrence sa mère qu’il adore, le titre du livre est assez clair : Vénérer sa mère - Vénérer quelque chose de sacré. Le président turkmène adore écrire. Depuis qu’il est à la tête de ce pays d’Asie centrale presque aussi grand que la France, frontalier de l’Afghanistan, de l’Iran, du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan et bordé par la mer Caspienne, le président a écrit… 29 livres en 12 ans, dont une encyclopédie en sept volumes sur les plantes médicinales du Turkménistan.

Un best-seller dans les librairies

Revenons au dernier opus de cet auteur prolifique, Vénérer sa mère. Un livre en tête des ventes dans le pays et pour cause, on en fait la publicité chaque jour dans les médias publics et il est en devanture de toutes les librairies du pays. Un président dont on adore lire les livres et qu’on adore tout court : en février 2017, il a été réélu pour un troisième mandat avec 98% des voix…

Le Turkménistan n’est pas à proprement parler une démocratie, c’est même, selon l’ONG Human Right Watch, "L'un des pays les plus répressifs au monde" , qui emprisonne systématiquement les opposants politiques. Et dans cette dictature, le président a développé un véritable culte de la personnalité, dont le succès de librairie de Vénérer sa mère est une triste illustration. Un livre qui sera même enseigné dans les écoles du pays à la rentrée prochaine pour : "Servir de boussole pour éduquer notre jeunesse".

Un président qui s'aime bien

Evidemment, Gurbanguly Berdimuhamedow ne se contente pas de sortir des best-sellers. Le président multplie les dépenses à sa gloire, telle cette statue de 21 mètres de haut, inaugurée en 2015 sur laquelle il chevauche un cheval, le tout étant recouvert de feuilles d’or de 24 carats. Celle de son prédécesseur a été soigneusement déboulonnée. Malgré la baisse des revenus gaziers depuis trois ans, la principale ressource du pays, le président continue de dépenser sans compter et pour sa gloire. Un palais fastueux, un aéroport en forme d’oiseau à deux milliards de dollars qui ne voit pour ainsi dire personne.

En octobre dernier, il a inauguré un magnifique parcours de golf, sa nouvelle passion, un parcours dessiné par la légende de ce sport, l’américain Jack Nicklaus. Et qu’arriva-t-il le jour de l’inauguration ? Evidemment, le président turkmène joua sublimement bien, (même si les images montrent une technique très très rudimentaire) réalisa même l’exploit d’un trou en un, "malgré le vent" nous dit la télé nationale qui n’a, malheureusement, pas filmé l’exploit. Mais, rassurez-vous, les Turkmènes sont heureux. Ils vivent une "Ere de bonheur suprême", c’est en tout cas ce que le président a officiellement proclamé en 2012.

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