Le monde d'Élodie, France info

Théo Curin, amputé des quatre membres, se lance un nouveau défi : la traversée du Lac Titicaca entre la Bolivie et le Pérou

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l'acteur, mannequin et surtout nageur handisport Théo Curin.

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Le nageur Théo Curin en septembre 2020 à Lunéville (Meurthe-et Moselle)
Le nageur Théo Curin en septembre 2020 à Lunéville (Meurthe-et Moselle) (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Nageur médaillé d'argent aux championnats du monde handisport en 2017 en 200 mètres nage libre et deuxième en 100 mètres nage libre, Théo Curin est aussi troisième aux Jeux paralympiques de Londres en 2019. Depuis 2017, il incarne le rôle de Théo dans la série Vestiaires diffusée sur France 2 et est également mannequin.

Il a refusé de participer aux Jeux olympiques de Tokyo, cet été, après la décision de réunir plusieurs classifications, ce qui l'obligerait à nager avec des nageurs qui ont des membres en plus soit "plus d'appuis". Il s’est donc lancé un défi au mois de novembre prochain : la traversée solidaire du lac Titicaca (122 km, eau à 10°) à 3 812 mètres d’altitude entre la Bolivie et le Pérou.

franceinfo : Vous vous êtes lancé un nouveau défi, celui de traverser le lac Titicaca. C'est une énorme aventure humaine.

Théo Curin : Avec la traversée du Lac Titicaca, j'ai envie de me faire du bien, de sortir un peu de cette habitude du paralympisme. C'est assez anxiogène, notamment avec ces problèmes de catégorie de handicap. J'avais besoin de sortir de ça, de me faire un gros kiff personnel et j'ai décidé de partir sur cette aventure pendant le premier confinement. Cela a été assez difficile pour moi, avec une accumulation de pas mal de choses et c'est là que j'ai décidé de ne pas faire les Jeux et de me lancer ce fameux défi de traverser le lac Titicaca avec Malia Metella et Matthieu Witvoet.

Vous allez tirer un radeau, fabriqué dans des matériaux complètement recyclés, sur lequel vous allez manger et dormir. Vous avez besoin d'argent et donc vous lancer une campagne de financement. Comment fait-on pour vous aider ?

On a déjà un budget de pratiquement 400 000 euros, mais il nous manque encore 50 000 euros. On invite les entreprises à nous suivre, à nous parrainer, à nous aider et à partir à l'aventure avec nous. Si une entreprise nous entend, pourquoi ne pas nous rejoindre ?

Vous avez 21 ans et déjà accompli des choses assez extraordinaires depuis votre naissance. Je voudrais qu'on aborde cette méningite bactérienne qui vous a obligé à subir justement une amputation de vos membres.

Cette maladie est arrivée du jour au lendemain. Je me suis levé avec un mal de crâne insoutenable un matin et cela a empiré au fil de la journée. En milieu d'après-midi, je me suis mis à convulser et c'est là que tout a commencé. Cinq mois d'hospitalisation pendant lesquels on essaie tous les traitements possibles et inimaginables pour arrêter cette bactérie qui bouche les vaisseaux sanguins. Les mains et les pieds étaient en train de se nécroser, je faisais un début de septicémie, j'ai eu un staphylocoque doré. J'ai pris le "All Inclusive" de la maladie et l'amputation de mes quatre membres était le dernier recours pour me sauver la vie et ce jour-là, la bactérie a été vaincue, on l'a eue. Cela a été un gros soulagement.

Concernant l'amputation de mes quatre membres, c'est l'après qui a été le plus compliqué. La rééducation, réapprendre à tout faire : marcher, écrire avec un stylo c'était comme gravir l'Everest pour moi quotidiennement

Théo Curin

à franceinfo

Comment avez-vous vécu le regard des autres ?

Ça a été le plus compliqué. Je ne comprenais pas pourquoi les gens me regardaient comme si j'étais un extraterrestre. Et quand on a 7 ans, c'est très difficile. Mes parents ont essayé de me faire comprendre que c'est normal, que c'est humain, mais malgré ça, je n'arrivais pas à comprendre et un moment donné, je ne voulais même plus sortir de chez moi. C'était beaucoup trop compliqué.

Votre mère a été exceptionnelle, elle n'a jamais lâché et vous a dit : "Mais de toute façon, j'ai la solution, tu vas faire du sport, je vais te faire rencontrer quelqu'un qui vit comme toi". Au début, vous lui avez tourné le dos, vous ne vouliez pas en entendre parler.

Cette rencontre s'est faite grâce à ma maman, à mes parents. Au moment de mon hospitalisation, ils ont lu le livre de Philippe Croizon, un homme qui vit exactement la même chose que leur fils, donc forcément ça les touche. Quand je suis en capacité de comprendre ce livre, ils m'en parlent un petit peu et forcément, je suis touché, j'ai envie de le rencontrer et on finira par se rencontrer. Cette rencontre a changé beaucoup de choses. Dans un premier temps notamment, celle d'accepter mon corps puis de découvrir que l'élément qui me faisait le plus peur à l'époque, l'eau, était le seul élément qui me permettait de me déplacer comme tout le monde.

Vous allez toucher à la compétition très vite et en devenir le meilleur. Vous aviez la niaque pour de devenir numéro 1 dans l'eau ?

Très rapidement ! Pour vous donner une idée, j'ai commencé à nager réellement en 2010, 2011 et en 2013, je partais de chez mes parents pour aller à Vichy, à 500 kilomètres de chez nous pour pouvoir faire du sport-étude.

En 2015, vous touchez le niveau international avec l'équipe de France lors des Championnats du monde de natation handisport à Glasgow, au Royaume-Uni. Vous obtenez votre première médaille d'argent aux Championnats du monde. Comment réagissez-vous ?

Cette première médaille au championnat du monde handisport est un peu notre première récompense. Ça m'a prouvé que tous les sacrifices que j'avais fait servaient à quelque chose

Avez-vous douté par moments ?

Oui. Je doute tout le temps. Ça peut paraître fou, mais je n'ai pas confiance en moi. J'ai confiance en mon corps, en pas mal de choses, mais il n'y a pas eu une fois quand je me lance un défi où je ne doute pas. Là, le défi Titicaca, plus ça se rapproche plus je me demande : "Mais quelle idée j'ai eu ?"

Le nageur Théo Curin en septembre 2020 à Lunéville (Meurthe-et Moselle)
Le nageur Théo Curin en septembre 2020 à Lunéville (Meurthe-et Moselle) (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)