Sofiane Pamart invite au voyage avec son nouvel album "Letter": "Je ne me refuse aucune influence"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le compositeur et pianiste Sofiane Pamart, qui sort ce vendredi son nouvel album "Letter".

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Sofiane Pamart, à Lille, le 16 juin 2020. (DENIS CHARLET / AFP)

Le pianiste Sofiane Pamart compose des mélodies, entre autres, néo-classiques pour piano et aime collaborer avec des rappeurs pour créer des versions instrumentales de leurs titres. Médaillé d'or du Conservatoire national de Lille et pianiste référent du rap français, il fait partie du top 10 des artistes de musique classique les plus streamés dans le monde en 2021. On lui doit par exemple la musique officielle du jeu vidéo : Assassin's Creed Valhalla. Et il sort vendredi 11 février un nouvel album : Letter.

franceinfo : Dans Letter, chaque titre est un mot qui compose à la fin une lettre. Le premier clip s'intitule : Love. Est-ce que vous êtes un romantique ?

Sofiane Pamart : J'aime les morceaux où, en fait, on n'a pas peur d'avoir des sentiments presque fleur bleue, très à fleur de peau, quelque chose de presque naïf. C'est ce que j'essaie de raconter dans Love.

Ce qui est étonnant, d'ailleurs, parce que les rappeurs ont tendance à garder cette carapace pour eux. Ils sont souvent montrés du doigt quand ils évoquent leurs sentiments. Tandis que vous, vous assumez pleinement. C'est votre marque de fabrique ?

Dans tous les cas, je garde une pudeur. Je peux être dans l'expression de mes sentiments, sans aucun filtre et donc, ce n'est pas pudique du tout, mais en même temps, je ne mets pas de mots dessus. En fait, on peut deviner ces sentiments-là en essayant d'y mettre des mots, en essayant de comprendre ce que j'ai voulu exprimer.

C'est mon art qui me permet d'aller aussi loin dans l'expression des sentiments, même les plus romantiques.

Sofiane Pamart

à franceinfo

Cet album met, effectivement, en avant des titres où chaque mot fait partie d'une lettre, de quoi vous découvrir davantage. Votre mère a cru en vous et voulait absolument que vous puissiez apprendre un instrument car elle a compris très vite que vous étiez fait pour ça. C'est elle qui vous inscrit au Conservatoire d'ailleurs. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

J'ai l'impression de m'inscrire dans la continuité des efforts qui ont été faits depuis plusieurs générations avant moi. À la fois, c'est une grosse responsabilité parce que dans l'art que j'ai choisi, le piano, il faut que j'aille le plus loin possible. Mais en même temps, c'est quelque chose qui fait que je relativise tout le reste. Il y a plein de choses qui ne sont pas si importantes que cela. Quand cela ne se passe pas exactement comme prévu, ce n'est pas grave, je recommence, j'essaie encore, je m'y prends un peu différemment et je trouve toujours une solution. En fait, la mission, que je me suis donnée, dépasse tellement chacun des événements du quotidien que je suis très persistant et très endurant dans la direction que je me suis fixé.

Il y a eu seize ans de travail, de cours, d'éducation musicale, d'études de musicologie. Vous avez su aussi écouter ce qui se passait autour de vous et vous intégrer au rap. C'était important pour vous de créer un lien entre ces deux univers ?

Je me sens reconnaissant entre ces deux cultures. La culture classique m'a transmis un rapport à la technique et une maîtrise de mon art que je ne pouvais trouver nulle part ailleurs. Et la culture rap m'a transmis une liberté, un instinct dans la manière de m'exprimer et aussi une audace que je n'aurais pas pu avoir ailleurs. Je dois à ces deux musiques beaucoup de choses. Ma mission n'est pas de les réconcilier, c'est juste d'être à la hauteur de ce qu'elles m'ont apporté, moi, en tant qu'artiste. J'ai vraiment envie de faire une musique qui n'a aucune frontière, comme mon premier album, Planète, dans le style de la musique, je me refuse aucune influence.

L'album Planète est un enchaînement de cartes postales et il est aussi un clin d'œil à vos origines. Votre grand-père maternel est d'origine berbère marocaine et c'est vrai qu'il vous a transmis le goût de la liberté, le goût des voyages, le goût du partage aussi.

Quand on est nomade, même si ça n'a pas été ma vie au départ, je suis né dans le nord de la France et les voyages sont arrivés plus tard, on est le résultat de grands voyages, ceux qui ont permis que j'en arrive là. Maintenant, dans mon quotidien, je suis tout le temps partout dans le monde, en train de voyager et c'est devenu même une addiction.

J'ai besoin d'être tout le temps dans des endroits différents pour pouvoir garder en éveil tous mes sens et d'être toujours curieux et en découverte.

Sofiane Pamart

à franceinfo

Il y a un titre qui s'appelle : Solitude. Comment vous la gérez ? Elle est nécessaire chez vous ?

Peu importe à quel point on est entourés, on est toujours confronté à son propre vide ou sa propre profondeur. Et ça, ça crée une sorte de vertige dans lequel on peut s'engouffrer. Quand j'ai composé Solitude, j'ai voulu raconter une sorte de valse avec cet appel du vide et cet appel de la solitude. On la quitte, on s'en rapproche, on s'en éloigne et on en est très heureux. Et à un moment donné, elle nous manque et on a besoin de la retrouver. C'est à la fois, quelque chose d'inspirant, et à la fois un lourd fardeau. Le public m'a tiré de cette solitude-là, un artiste existe que quand il rencontre son public.

C'est aussi un album qui est un prétexte pour monter sur scène. Vous allez jouer à l'Accor Arena Bercy, le 17 novembre 2022. Vous serez donc le tout premier pianiste à investir les lieux et à y jouer pour votre propre concert. Vous êtes également en tournée dans toute la France. Cela représente quoi ?

Mon premier concert solo a eu lieu au Montreux Jazz Festival, l'année dernière. Il m'a offert un écrin pour pouvoir m'exprimer une première fois avec mon public et le rencontrer une première fois. Et en fait, je sens que je suis en train de vivre en réel, maintenant, l'expérience qui s'est passée à distance avec tout ce public. Et c'est pour ça aussi que cet album leur est autant destiné parce que je sais que c'est l'album aussi de la rencontre, pour de vrai, avec ce public, avec tous ces concerts.

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