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"Partir, c'est abandonner. Rester, ça pourrait être collaborer. Je pense qu'il y a un juste milieu", Éric Cheysson appelle à se mobiliser pour l’hôpital de Kaboul en Afghanistan

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le chirurgien et président de la Chaîne de l'Espoir, Éric Cheysson. Il appelle les personnels soignants à venir prêter main forte à l’hôpital de Kaboul, géré par l’association, dans un Afghanistan sinistré après le retour au pouvoir des talibans. Il fait aussi un appel aux dons financiers.

Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Une cardiologue afghane en consultation avec un enfant à l'Institut médical pour la mère et l’enfant de Kaboul; le 13 mai 2012. (BAY ISMOYO / AFP)

Éric Cheysson est chirurgien vasculaire et président de la Chaîne de l'Espoir, une association humanitaire indépendante d'intérêt général, présente dans 28 pays, qui a pour vocation de renforcer les systèmes de santé existants pour donner à chacun, et en particulier aux enfants, les mêmes chances de survie et de développement.

Il est également l'un des fondateurs de Médecins du monde. Il a contribué à la réalisation du Centre cardiovasculaire de Phnom Penh, au Cambodge et de l'Institut du cœur de Maputo, au Mozambique, mais l'une des actions qui lui tenait le plus à cœur, c'était la rénovation complète d'un hôpital pour la mère et l'enfant à Kaboul, en Afghanistan.

franceinfo : Vous avez ouvert l'hôpital de Kaboul en 2005 et par la suite, une maison de l'enfant. On connaît la situation actuelle de l'Afghanistan. Où en sont les "docteures" qui travaillent là-bas aujourd'hui ?

Éric Cheysson : La situation est extrêmement difficile. L'hôpital continue de tourner et on a encore 900 salariés. 85 personnels de santé sont partis, dont essentiellement des médecins. Ce qui me touche profondément, c'est que nous avions formé deux chirurgiennes cardiaques et elles sont parties aux États-Unis. C'est une perte considérable. Il faut quinze ans pour former un chirurgien ou une chirurgienne et cette fuite des cerveaux aura aussi des conséquences dramatiques.

Quelles sont les solutions, alors?

Si on parodie, je dirais que partir, c'est abandonner, rester, ça pourrait être collaborer. Mais je pense qu'il y a un juste milieu. Ce n'est pas possible d'abandonner l'Afghanistan actuellement. Pourquoi ? Parce que le Programme alimentaire mondial (PAM) qualifie ce qu'il se passe en Afghanistan de pire crise humanitaire sur Terre. Il faut rester, mais je pense qu'il y a une conditionnalité. Et cette conditionnalité, c'est l'accès pour tous, le travail pour les femmes soignantes, mais aussi l'accessibilité pour les femmes qui sont, je dirais, excusez-moi du terme, les grandes perdantes et la cible de ce cumul des malheurs actuels en Afghanistan.

Vous avez obtenu votre diplôme de chirurgien en 1981, vous vous êtes lancé après dans la chirurgie vasculaire et thoracique à l'Université de Laval, au Québec. Depuis quatre ans, vous êtes le chef de service de chirurgie vasculaire et thoracique au Centre hospitalier René Dubos de Pontoise, dans le Val-d'Oise. Vous n'avez jamais lâché l'humanitaire, ça a toujours fait partie de votre vie en parallèle. Ça représente quoi pour vous, ce combat pour l'humanitaire, pour aider les autres, pour aider les enfants ?

Je pense que c'est un combat fondamental. Je dirais : en France, je soigne, là-bas, je sauve.

Ça a commencé en 1979, vous avez rejoint le comité Un bateau pour le Vietnam. Le bateau, c'était l'île de Lumière et effectivement, vous y êtes allé soigner et secourir ceux que la population appelait les boat-people vietnamiens, en compagnie de Bernard Kouchner. Ensuite, il y a eu cette fondation de Médecins du monde et aujourd'hui, vous êtes président de la Chaîne de l'Espoir. Comment peut-on vous aider ?

En 2005, lorsqu’on a investi l’hôpital de Kaboul, l'Afghanistan était très populaire, c'était la libération, l'espoir et le départ des talibans. On est revenu à la case départ, mais peut-être en pire.

Éric Cheysson

à franceinfo

On peut nous aider de beaucoup de façons. D'abord, si des médecins, des infirmières, des anesthésistes, des réanimateurs écoutent, qu'ils nous contactent, nous avons besoin d'eux dans les 28 pays où nous sommes. Ensuite, bien entendu, l'argent. On dit que la santé n'a pas de prix, mais elle a un coût. Chaque enfant que nous opérons à Kaboul, il faut payer les consommables, il faut payer les salaires, il faut payer tout ça. Je vous rappelle que cet hôpital a été construit sur la générosité des Français et à l'époque, il y avait Muriel Robin, Marine Jacquemin qui nous ont aidés.

Vous avez d'ailleurs été l'un des premiers médecins humanitaires à venir en aide et à sauver des moudjahidines. Elle vient d'où cette envie de devenir chirurgien et d'aider les autres ? À quel moment, ça bascule ?

Très franchement, je voulais être médecin, un médecin de campagne. J'ai trouvé au départ que les chirurgiens étaient très brutaux. J'ai écrit un livre qui s'appelle L'arrogance du bistouri et pourquoi ? Parce que je pense que pour choisir ce métier, il y a une petite brisure ou cassure au départ, vous ne pouvez pas dire à 17 ans, qu'est-ce que je vais faire ? Je vais fendre la paillasse de mon prochain pour aller extirper une tumeur, arrêter une hémorragie. Je pense qu'il y a un peu de domaine de la psychiatrie.

Vous qui êtes à la fois sur le terrain, mais aussi sur le champ de bataille au quotidien. Comment vous définissez-vous ?

Je crois toujours qu'il y a une parcelle qui va nous emmener vers le mieux, vers le beau, vers la main tendue.

Éric Cheysson

à franceinfo

Je me définirais comme quelqu'un qui croit encore beaucoup à la nature humaine. Je n'arrive pas à croire qu'une situation est totalement sans issue. J'ai toujours la foi dans le dialogue et dans l'action et surtout quand on va soigner l'autre, je pense qu'on peut se retrouver. Je pense que la médecine, la chirurgie est un lieu de dialogue qui peut nous réunir.

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