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Afghanistan : "Un million d'enfants risquent de mourir de famine", alerte Eric Cheysson, président de La Chaîne de l'espoir

L'ancien médecin explique que l'aide humanitaire n'arrive plus à Kaboul. "L'urgence est absolue" alors que le pays fait face à une vague de froid.

Article rédigé par France Info
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Des habitants de Kaboul (Afghanistan) font la queue à l'entrée d'un guichet pour passeport, dimanche 19 décembre 2021. (MOHD RASFAN / AFP)

Les pays de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) ont promis, dimanche 19 décembre, de travailler avec l'ONU pour débloquer des centaines de millions de dollars d'avoirs afghans et de mettre en place un fonds de donations pour pallier la crise humanitaire en Afghanistan. Le pays se trouve dans "une urgence absolue", a déclaré sur franceinfo Eric Cheysson, président de La Chaîne de l'espoir, ancien chef du service de chirurgie vasculaire et thoracique à l’hôpital René-Dubos de Pontoise.

franceinfo : Quelle est la situation sur place ?

Eric Cheysson : C'est une urgence absolue. Le programme alimentaire mondial parle de la pire crise humanitaire sur terre. Les chiffres hallucinant. Les sanctions économiques et financières qui ont été décidées vont tuer beaucoup plus que les 10 dernières années de guerre et le régime taliban. Un million d'enfants risquent de mourir de famine.

Est-ce que l'aide humanitaire arrive encore ?

Elle n'arrive absolument plus. Le centre de crise du Quai d'Orsay nous a envoyé un avion, il y a quelques jours, avec 20 tonnes de médicaments. L'hôpital chez nous continue de tourner, nous avons encore 900 salariés qui sont là, 85 sont partis, notamment des médecins avec des compétences que nous avions mis 15 ans à leur apprendre.

Tout est un problème, pour l'électricité, le fioul, les médicaments, l'accès des femmes et aussi l'accès des patients. Je pousse un cri d'alarme.

Eric Cheysson

à franceinfo

Faisons vite, l'hiver est là dans deux semaines et il est déjà trop tard. Il faut que nous fassions front de partout, du point de vue alimentaire, sécuritaire et sanitaire. L'urgence est absolue.

Les enfants sont-ils les premiers touchés ?

Bien sûr et nous le savons bien à l'hôpital français de Kaboul puisque c'est un hôpital mère-enfant. Nous voyons des cas de dénutrition aigüe, le mot famine est une réalité. Nous voyons des enfants avec une dénutrition terrible, des déshydratations. Les taux de mortalité sur ces enfants sont terribles. Il commence à faire -8°C la nuit et il n'y a plus de chauffage, pas de fioul, d'électricité, plus de système bancaire. La situation était déjà terrible avant l'arrivée des talibans le 15 août

Quels moyens avez-vous ?

Chaque jour nous essayons de trouver des solutions. Il n'y a plus de liquidité bancaire, donc comment payer les personnels ? Ils ont envie de venir, mais il faut qu'ils mangent, ils ont une famille. Nous faisons des interventions extrêmement complexes et il n'est pas possible de couper les générateurs. Ils marchent au fioul et c'est extrêmement difficile à trouver. On multiplie les problèmes à chaque fois, tout est compliqué et difficile. Le personnel féminin est terrifié, nous n'envoyons plus de missions. 

Cette situation est-elle uniquement due au retour des talibans ?

Non, ce serait faux de dire ça. Bien entendu il y a une aggravation majeure, mais nous étions déjà dans une situation de crise aigüe du fait de la sécheresse, le Covid. Il y avait la situation sécuritaire, avec Daech. Quatre hôpitaux ont été attaqués avec des massacres, plusieurs dizaines de blessés. Il y a la peur qui règne partout.

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