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Le monde d'Elodie. Renaud Capuçon : "La musique s'est immergée dans ma vie dès la petite enfance"

Le grand violoniste français vient de publier son autobiographie, "Mouvement Perpétuel"

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Renaud Capuçon et son célèbre violon de 1737 que jouait avant lui Isaac Stern. Photo prise en avril 2019 à Aix-en-Provence.
Renaud Capuçon et son célèbre violon de 1737 que jouait avant lui Isaac Stern. Photo prise en avril 2019 à Aix-en-Provence. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Elodie Suigo : Renaud Capuçon, violoniste virtuose, le grand public vous connaît bien, à la fois parce que vous vous démenez depuis longtemps pour populariser la musique classique et aussi parce que vous êtes le mari de la journaliste Laurence Ferrari. Vous avez publié récemment votre autobiographie intitulée Mouvement  Perpétuel aux éditions Flammarion. Qu’est-ce qui vous a donné envie, jour après jour pendant ce confinement, de donner chez vous, à Paris, un concert en direct sur les réeaux sociaux et d’offrir votre musique à qui voulait bien se connecter ? 

Renaud Capuçon : D’abord l’instinct, l’instinct pur d’un violoniste qui est chez lui et à qui on vient d’annoncer une soixantaine de concerts annulés et qui s’est dit : "Qu’est-ce je sais faire ? Je sais jouer du violon !" Donc j’ai posté une première vidéo et puis ensuite, je me suis pris au jeu et c’est devenu une sorte de rituel et aussi une manière de tenir, dans toutes ces journées qui se ressemblaient. Et puis surtout, l’idée du partage. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir jouer avec un pianiste en vrai, ou un violoncelliste, ou un orchestre, mais j’ai pu surtout  dialoguer de façon virtuelle avec un public qui était finalement assez nombreux. Je pense que la vidéo dans la musique classique et dans la musique en général va finalement prendre une dimension plus importante. On a gagné 10 ans d’une certaine façon. Ça a accéléré ce processus… 

Une autobiographie a 44 ans, ça paraît jeune, mais vous avez sacrifié votre enfance et votre jeunesse, vous vous êtes en quelque sorte confiné dans la musique depuis votre plus jeune âge. Un parcours vers la virtuosité pavé de rencontres marquantes comme celle avec Isaac Stern. Une rencontre essentielle ? 

Oui bien sûr, ce sont des histoires partagées. Mais j’ai envie de rendre hommage à pas mal de gens, de remercier beaucoup de monde. Isaac Stern, qui a été une rencontre déterminante, d’autant plus que j’ai la chance de jouer son violon aujourd’hui. Mais d’autres comme Guilini, comme Marta Argerich, comme Abbado... et comme tous les partenaires de musique de chambre, tous les gens qui m‘apportent quelque chose.  

Ce violon que vous jouez, vous avez un lien extraordinaire avec lui parce que les sentiments les plus profonds, vous les partagez avec cet instrument… 

C’est difficile à définir… C’est l’objet qui fait que j’arrive à m’exprimer, c’est un prisme essentiel entre la musique et ce que j’arrive à sortir de mon âme et qui se reflète dans la musique. Et je dois dire que pendant ces deux mois, mon violon, même si je n’ai pas travaillé des heures, mon violon a été un moyen de m’exprimer. Et dans ces cinq minutes par jour, j’exprimais tout ce que je n’arrivais pas à dire avec des mots. 

Vous dites que ce n’est pas une autobiographie, pourtant on revit les moments-clés de votre parcours. Notamment cette journée du 11 septembre 2001, qui est indélébile… 

Oui, j’étais à Jérusalem ce jour là et on a changé le programme du concert. Il y avait ceux qui voulaient annuler le concert et ceux qui voulaient, comme moi, quand même jouer. On a fait un programme sans applaudissements et le silence qui a eu lieu après les deux pièces de Chostakovitch et Schubert, était un silence que je n’oublierai jamais. Rien que d’en parler, j’ai des frissons parce qu’on parle parfois du poids du silence et de la force de la musique et cette fois là, il y avait les deux à la fois. J’avais l’impression que chaque note qui sortait de nos instruments était en communion, était une façon d’aider tous ces gens qui souffraient. Et même, d’un point de vue spirituel, il y avait une sorte de quête d’absolu. On étaient tous perdus ce11 septembre et dans ces cas là, la musique aide et j’ai réalisé beaucoup de choses ce soir là, comme dans beaucoup d’autres moments de ma vie où la musique a une signification très particulière. 

La musique fait partie de votre ADN ? Vous n’êtes pas né d’une famille de musiciens… 

C’est un peu un mystère : la musique a immédiatement et complètement fait partie de ma vie. Elle s’est immergée dans ma vie dès la petite enfance car j’avais cinq ou six ans et j’écoutais des opéras pour enfants, j’écoutais avec un casque... La musique m’a rassuré, elle m’a permis de m’évader… M’évader pourquoi ? J’étais  très heureux à la maison, j’avais des parents formidables ; ils le sont toujours d’ailleurs …Et en tout cas, j’arrive à m’exprimer en musique, parce que elle a été toute ma vie mon moyen d’expression. 

Ce qui est fort, c’est qu’il y a un cap que vous maintenez, c’est de jouer pour les plus défavorisés... 

J’ai hésité à en parler, parce que j’avais peur que ce soit pris comme une sorte de revendication. C’est une nécessité. Il faut que nous, les artistes, nous allions vers les gens qui n’ont pas l’argent pour aller au concert. Il faut jouer pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer ; les très jeunes enfants, il faut jouer pour des enfants malades, il faut jouer pour des gens handicapés, il faut jouer pour des gens en prison, parce que la musique est un baume, tout simplement ! Et tous les grands musiciens qui ont existé jusqu’à aujourd’hui, ont tous un jour fait ça d’une façon visible ou non visible. Si j’en parle maintenant, c’est parce que vous me posez la question. Mais pour moi, c’est quelque chose qui est totalement imbriqué à ma vie de musicien, comme le fait aussi d’aller jouer dans des endroits qui ne sont pas forcément prestigieux. Parce qu’il n’y a pas de petit public, il n’y a pas de public moins prestigieux ou plus prestigieux ; il y a toujours des gens qui ont deux oreilles et une âme et qui ont à cœur de recevoir la musique. 

Quel est votre premier désir de changement dans le Nouveau Monde ? On a, nous autres les artistes, une responsabilité, c’est d’aller plus vers les publics qui ne sont pas forcément des publics auxquels on s’attend et de penser aussi à tous ceux qui sont dans la détresse, que ce soit une détresse morale, matérielle et la musique en premier lieu est faite pour eux. 

Merci Renaud Capuçon. Votre livre s’appelle Mouvement Perpétuel et c’est publié aux éditions Flammarion. Merci beaucoup ! 

Renaud Capuçon et son célèbre violon de 1737 que jouait avant lui Isaac Stern. Photo prise en avril 2019 à Aix-en-Provence.
Renaud Capuçon et son célèbre violon de 1737 que jouait avant lui Isaac Stern. Photo prise en avril 2019 à Aix-en-Provence. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)