Jean-Pascal Zadi : "Dans le cerveau de celui qui exclut, il y a beaucoup de matière pour rigoler"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le comédien et réalisateur, Jean-Pascal Zadi. Ce mercredi 31 mai 2023, Canal+ diffuse "Kôkôrikô", son sketch-show avec une série de 15 scènes humoristiques.
Article rédigé par France Info, Elodie Suigo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
L'acteur et réalisateur Jean-Pascal Zadi, le 13 octobre 2020, à Cannes (Alpes-Maritimes). (VALERY HACHE / AFP)

Jean-Pascal Zadi est artiste pluridisciplinaire, tour à tour réalisateur, acteur, producteur de cinéma et rappeur. Il a d'abord fait ses débuts en musique avec le groupe La Cellule, mais rapidement, il s'est lancé dans la réalisation de documentaires avec Des Halles aux bacs sur le rap français en 2005. Suivront Cramer (2008), African Gangster en 2010 ou encore Sans pudeur ni morale l'année suivante. Des films qu'il a autoproduit. En 2020, il a reçu le César du meilleur espoir masculin pour la comédie qu'il a réalisé : Tout simplement noir. En peu de temps, il est devenu un incontournable avec, depuis le mois de janvier, la série En place qu'il réalise et dans laquelle il joue, sur Netflix. Ce mercredi 31 mai 2023, Kôkôrikô, un sketch-show de 60 minutes avec une série de 15 scènes humoristiques sera diffusé sur Canal+.

franceinfo : Kôkôrikô est un condensé de clichés, de préjugés malheureusement ordinaires. Drôles, parfois tristement drôles, de par la vérité de ceux-là. Le but était-il justement de provoquer le débat ?

Jean-Pascal Zadi : Le but, c'est de susciter le débat, d'ouvrir les discussions. Et moi, j'ai compris que ce qui me faisait rire, c'est quand il y a de l'absurde dedans. Ce qui me fait vraiment rire, c'est le mécanisme qui pousse à l'exclusion ou l'incompréhension, ou des choses comme ça. Je trouve que dans le cerveau de celui qui exclut, il y a beaucoup de matière pour rigoler.

Est-ce que l'autodérision et l'humour peuvent soigner ces maux-là ?

Oui. Je pense que l'humour peut permettre beaucoup, beaucoup de choses, l'autodérision aussi d'ailleurs ! Je pense que l'autodérision, c'est obligatoire si on veut faire de l'humour parce qu'on ne peut pas faire de l'humour sans se foutre de sa propre gueule.

Vous parlez du racisme, du rejet de l'autre, de la discrimination. Est-ce que vous avez souffert de ça ?

Oui, énormément même. Et je pense que même ça m'a construit. Ma mère nous a préparés à cette vie-là. Ma mère nous a dit quand on était petits : "Vous êtes des Noirs, vous êtes des Africains, donc votre vie ne sera pas comme celle des autres et il faut être prêts". Donc, depuis tout petit, je savais déjà.

C'est terrible de dire ça !

En tout cas, ça m'a permis d'être bien dans ma peau. Par exemple, j'ai des potes qui eux n'ont pas eu la même éducation que moi et quand ils sont arrivés en face de situations où ils pouvaient subir du racisme, ils étaient tous choqués parce qu'ils croyaient que leur vie allait être comme celles des autres. Alors que quand j'ai été confronté au racisme, ça ne m'a pas spécialement choqué parce que j'étais préparé.

Je voudrais qu'on parle de ce premier documentaire. On vous confie une caméra complètement par hasard et vous vous dites : "Tiens, je vais filmer mes potes et je vais raconter l'histoire du rap français indépendant".

Tout à fait.

J'ai l'impression que vous êtes d'abord un raconteur d'histoires.

J'ai toujours voulu mettre en scène des choses que je n'ai pas pu voir.

Jean-Pascal Zadi

à franceinfo

J’ai commencé par des documentaires sur le rap, puis des films avec des rappeurs suivis par des histoires avec des personnages qui m'entouraient, mais que je ne voyais pas. Mon premier boulot, c'est vraiment scénariste-réalisateur.

Il y a toujours cette esthétique. Vous soignez l'esthétique et puis, il y a un côté très poétique. Vous l'assumez ?

Oui. C'est clair. Oui, je l'assume parce que ça fait vraiment partie de moi. Quand j'étais petit, je me rappelle, il y avait une bibliothèque chez mes parents et j'avais lu qu'un seul des livres, Les 1000 plus belles poésies françaises, et c'est le seul livre que j'ai regardé dans leur bibliothèque. Et je me rappelle que mon petit frère se moquait de moi.

En 2013, vous allez être sollicité par Canal+ pour le Before du Grand Journal avec votre chronique C koi les bayes ? J'ai l'impression que ça change aussi la confiance que vous aviez en vous et qui vous manquait cruellement.

Ce que Canal+ m'a appris, c'est que finalement, ma force, c'était moi-même. Parce que quand je suis arrivé là-bas, ils me disaient : "Non, mais reste juste toi-même !" J'essayais de faire des choses et ils me disaient : "Mais non, non, non, reste toi-même, tu restes toi-même et tu discutes avec les gens". Et donc ça a été très formateur pour moi parce que ça m'a appris qu'il n'y avait rien de plus important et de mieux chez moi que moi-même.

Kôkôrikô est vraiment une grosse partie de vous, de votre regard sur le monde, de votre regard par moments sur "la bêtise humaine", le rejet de l'autre. Il y a un fil rouge d'ailleurs à travers ce sketch-show, c'est : "On ne peut plus rien dire".

En fait, on peut dire ce qu'on veut, mais est-ce que tu veux blesser des gens ? Est-ce que tu veux choquer des gens ?

Moi, je ne suis pas là pour blesser ou pour choquer. Je suis là pour ouvrir le débat sur des thématiques et avec de l'humour si possible.

Jean-Pascal Zadi

à franceinfo

Le fait d'être sur Netflix aussi aujourd'hui, c'est encore une autre dimension. Est-ce que par moments, cela créé une pression que vous ne vous étiez pas mise auparavant ?

Aucune pression. Moi, ce qui compte, c'est vraiment le plaisir que je partage avec les gens, avec les acteurs, avec l'équipe technique etc. Et d'ailleurs, sur la feuille de service de En place, le premier jour, on m'avait demandé de mettre un mot et j’avais écrit : "Au pire, ce sera nul" parce que c'est vraiment ce que je pense. Je pense qu'il n'y a rien de grave, en termes de cinéma, de séries, quoi que ce soit. Je pense que la vie est plus importante que les films !

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