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"Je vais là où ma curiosité m’amène" : dans les secrets de la création du "land artist" Saype

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’artiste contemporain, Saype. Jusqu’au 11 février 2023, il expose son travail dans le cadre de l'exposition "Capitale(s) : 60 ans d'art urbain à Paris", place de l'Hôtel de Ville.

Article rédigé par France Info - Elodie Suigo
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 272 min
Le "land artist" Saype, lors d'une installation artistique au Brésil, en juillet 2022. (Handout / SAYPE / AFP)

Saype est un artiste contemporain. Ses fresques géantes ultra réalistes, conçues dans la nature avec une peinture biodégradable que lui-même a inventé, ont conquis le monde entier. À tel point d'ailleurs que le magazine Forbes l'a classé, en 2019, parmi les 30 personnalités de moins de 30 ans les plus influentes dans le domaine de l'art et la culture. Saype est l'un des pionniers de la peinture sur herbe, avec une démarche entre le land art et le street art. Depuis le 15 octobre 2022 et ce, jusqu'au 11 février 2023, on peut aller voir son travail dans le cadre de l'exposition : Capitale(s) : 60 ans d'art urbain à Paris, place de l'Hôtel de Ville.

franceinfo : Quelle place occupe le street art dans votre vie et dans votre parcours professionnel ?

Saype : Je dirais qu'en fait, ça a été le premier pas dans la passion de l'art. Finalement, je ne me considère pas vraiment comme un street artiste parce que je ne réponds pas aux codes. Je crois que les codes qui me rejoignent, vont être le fait d'essayer de s'exprimer à l'extérieur et de partager son art avec le plus grand nombre. J'ai aussi un peu cette technique où je viens peindre en sprayant quelque chose donc on peut trouver des similitudes avec le street art. Mais je me considère vraiment plus comme un land artiste, c'est vraiment ça qui "m'accrochait" quand j'étais gosse à la passion pour l'art.

Vous êtes totalement autodidacte.  À 14 ans, vous allez découvrir le graffiti. À ce moment-là, c'est quoi l'envie ? C'est de pouvoir vous exprimer, d'exprimer vos idées ?

Ce qui me fait marrer dans mon parcours quand je dézoome un peu...

Ça vous fait rire !

Oui ! Parce que je n'ai jamais été dans un musée quand j'étais gosse. Mes parents étaient pas du tout friands d'art. Donc c'est vrai que je suis complètement outsider du monde de l'art. Et en fait, quand j'ai commencé à peindre avec des bombes, honnêtement, je pense que c'était plus un jeu de potes où on allait peindre la nuit. Puis après, à posteriori, je crois qu'il y a vraiment l'aspect de : "J'existe en société". Quand on a 14, 15 ans, on a un peu toute cette réflexion autour de : qu'est-ce que je fous-là, en fait ? Je crois que c'était ça.

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Vous êtes né Guillaume Legros, mais Saype est votre signature. Pourquoi ?

Quand on est graffeur, on va toujours chercher un pseudonyme. Mon idée était de trouver une dynamique de lettres qu'on aime peindre et bosser. Puis finalement, je me suis amusé à un moment donné à peindre : "Say Peace", "Dire la paix" et je trouvais marrant de faire un acte de rébellion en écrivant quelque chose de positif. Et du coup, j'ai bossé un peu là-dessus et après, j'ai contracté ça en "Saype" et j'ai gardé ce pseudonyme.

Vous allez rapidement rentrer dans la cour des grands. À 16 ans, vous faites votre première exposition avec vos premières œuvres. En 2015, il y a cette fameuse première œuvre en pleine nature, réalisée dans les Alpes françaises. À ce moment-là, vous réalisez la plus grande fresque sur herbe jamais réalisée au monde. Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aller conquérir la nature ? Ce n'était pas du tout dans l'air du temps.

J'étais infirmier à ce moment-là. J'ai travaillé longtemps en tant qu'infirmier et je me posais pas mal de questions sur l'impermanence, le fait que les choses bougent non-stop.

L'idée de peindre sur la nature répondait à plein de choses.

Saype

à franceinfo

Cette idée de peindre sur la nature était quelque chose d'originale et je suis encore considéré comme le seul au monde à faire ça. Son aspect écoresponsable était quelque chose d'important pour moi. Et puis en plus, la plus grande galerie d'art au monde, la nature, est peu exploitée dans l'histoire de l'art. Donc, ça me donnait un terrain de jeu qui était incroyable et je me suis dit : mais tiens, je vais réussir à capter l'attention des gens. Capter l'attention des gens est, à mon avis, le premier pas dans l'art, et puis après, on véhicule des messages, une esthétique, etc... C'était ça mon idée.

En 2018, vous allez vous associer à l'association SOS Méditerranée pour créer une grande fresque qui va s'appeler d'ailleurs : Message from futur près de l'Office des Nations Unies à Genève. En 2019, vous allez lancer un autre projet, Beyond Walls, Au-delà des murs, qui visait à relier cinq continents par la plus grande chaîne humaine symbolique au monde. La première étape s'est faite au Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel. Ça fait trois ans que vous faites ça. Finalement, c'est une main tendue entre divers continents et surtout diverses cultures.

L'idée de base, c'est qu'en 2018, je fais ce fameux projet qui vraiment bouge des choses dans la vie politique. Et je me rends compte que véritablement, l'art peut à la fois bouger les consciences et des choses dans la société. Et juste après, je tombe sur un autre documentaire sur le budget du mur de Donald Trump qui sépare Mexique et Etats-Unis et qui coûte 18 milliards de dollars. Je me dis : mais mon Dieu, avec tout cet argent, qu'est-ce qu'on pourrait faire comme choses positives. Du coup, l'idée a été de mettre sur le même niveau toute la société, tous les êtres humains pour parler vraiment de l'universel. Et en fait, il n'y a pas que les murs physiques qui nous séparent, et aussi les murs mentaux, les murs géographiques. C'est de tout ça dont j'essaie de parler dans Beyond Walls.

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Vos œuvres sont vues par des millions de personnes. Le Guardian vous a déjà consacré plusieurs couvertures de magazines. Quels sont les rêves que vous avez ou quelles sont vos envies ?

Dès que je suis touché par quelque chose et que j'ai vraiment envie de parler d'un sujet, même d'actualité, j'y vais.

Saype

à franceinfo

J'en ai plein, en fait. Il y a plein de sujets. Je vais où la curiosité m'amène. J'étais au Kenya au mois de février. Ce pays a traversé une des sécheresses les plus fortes de son histoire. C'était vraiment dur de voir tout ça. Et du coup, je vais créer un projet pour aller à la rencontre des gens et discuter des problématiques du réchauffement climatique. On sait que ça va poser plein de soucis, sociaux et environnementaux. J'ai plein de choses qui m'amènent sur des sujets finalement un peu divers et variés et c'est ma curiosité qui va m'y faire aller.  

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