Dans sa nouvelle bande dessinée "La jeune femme et la mer", Catherine Meurisse découvre la "nostalgie heureuse"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’illustratrice et autrice de bandes dessinées Catherine Meurisse. Elle publie "La jeune femme et la mer" aux éditions Dargaud.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
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La dessinatrice Catherine Meurisse à Paris (France) le 15 janvier 2020 (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

Catherine Meurisse est illustratrice, dessinatrice, caricaturiste et autrice de bandes dessinées de presse. Élue à l'Académie des Beaux-Arts en 2020, elle est la première dessinatrice de bandes dessinées à devenir membre de l'Institut. Aujourd'hui, elle publie La jeune femme et la mer aux éditions Dargaud. Le résultat de deux voyages initiatiques qu'elle a effectués au Japon.

franceinfo : La jeune femme et la mer est une vraie interrogation sur la place de l'homme dans la nature.

Catherine Meurisse : C'est une fiction bien sûr et une sorte de voyage poétique et humoristique. J'essaie de dire qu'il ne s'agit plus de regarder la nature comme un objet, mais de revoir notre relation avec elle, avec le vivant. 

Quelle place occupe le dessin dans votre vie ?

J'essaie d'expliquer, à moi-même d'abord, le monde parce que je suis une grande inquiète. Je crois que le dessin et le livre aussi, tentent de répondre à mes questions et essaient de m'apaiser. C'est vrai que dans mes bandes dessinées, les personnages se posent beaucoup de questions et en général, elles sont proches des miennes. Quand ce sont des questions existentielles, j'essaie de glisser une peau de banane à droite, à gauche pour que ce soit moins grave, mais oui, je pense que mes livres répondent à une grande inquiétude qui est la mienne.

"Le dessin est ma meilleure façon de parler, en quelque sorte. Je précise ma pensée, mes mots, mes visions à travers le dessin."

Catherine Meurisse

à franceinfo

Il y a une phrase qui résonne terriblement dans cet ouvrage, c'est : "Les peintres se permettent tout sans jamais rien détruire". Inévitablement, on pense à ce que vous avez vécu à Charlie Hebdo et à la violence face à un crayon à papier. C'est aussi un clin d'œil ?

Je crois que ce n'était pas conscient quand j'ai écrit le scénario. Lorsque j'ai écrit cette bulle dans ma page, j'ai compris ce que j'étais en train de faire et je l'ai laissée. J'ai trouvé que le lecteur pourrait y lire en effet, un lien avec Charlie, avec La légèreté. Après avoir dessiné La jeune femme et la mer, je me suis posé la question : qu'est-ce qu'on dessine avant la catastrophe, une catastrophe naturelle, un typhon ? C'était un lien avec la question : qu'est-ce qu'on dessine après la catastrophe ? La catastrophe étant l'attentat contre Charlie en 2015.

Il y a donc des liens, des mains qui se tendent entre les livres, des passerelles et c'est une logique que je suis. Finalement, je mélange un peu tous les arts dans mes livres, je parle des morts et des vivants, des cultures, c'est un grand brassage. Il y a toujours quelque chose à tirer du métissage.

Dans votre ouvrage, il y a une notion de nostalgie extrêmement intéressante, puissante, inhérente au Japon qui veut dire : "Le beau souvenir qu'il fait bon d'évoquer". C'est aussi une partie de vous ?

Oui. j'ai envie de tendre vers cela. Quand j'ai dessiné Les grands espaces, il y a trois ans, je craignais la nostalgie. On m'a dit que le livre était un petit peu nostalgique et que c'était très bien comme ça, mais moi, j'avais peur de la nostalgie parce qu'à l'époque, je confondais nostalgie et chagrin. Chagrin lié à 2015 et à la disparition de mes copains de Charlie Hebdo. Je voulais absolument repousser cette nostalgie très occidentale associée à la tristesse. 

"Quelle belle découverte de voir qu'au Japon, il y a une nostalgie heureuse. Je me suis raccrochée à cette notion et dans la BD, mon personnage s'en étonne et c'est merveilleux. On peut être nostalgique sans être triste !" 

Catherine Meurisse

à franceinfo

Votre première publication en tant qu'illustratrice de BD date de 2005 sur un texte d'Alexandre Dumas. Quel regard avez-vous sur ce parcours ?

Je vois surtout énormément de travail ! Qu'est-ce que j'ai bossé ! Je crois que tous les dessinateurs peuvent dire ça, surtout ceux qui sont passés par la presse et ceux qui en font encore, mais quel boulot ! Ça a été fait dans la joie, quasiment tout le temps. J'ai été obligée de remettre un peu le nez dans mes dessins parce qu'il y a eu des expositions rétrospectives comme à Beaubourg l'an dernier, il y a une en ce moment au Cartoon Museum, un musée génial à Bâle et j'ai été surprise.

En fait, à Charlie, on produit tellement de dessins que j'ai oublié 80 % des gags que j'ai faits. Là, c'était l'occasion de remettre le nez dedans et je me suis trouvé bien insolente, bien audacieuse, bien burlesque et je vais essayer de ne pas oublier ça. C'est bien beau la poésie et la beauté, mais il faut surtout, je crois, que je ne perde pas de vue qu'il y a un petit côté farceur en moi et qui est le moteur de mes livres.

La dernière phrase est : "Je regarde la nature, mais c'est elle qui semble me regarder". C'est une réalité ?

Nous ne sommes pas les seuls êtres vivants sur cette planète. On est entourés d'autres êtres vivants et c'est tellement enrichissant de les observer ! Allons-y !

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